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Les bonnes questions font les bonnes réponses

28 juillet 2009

Les dernières évolutions montrent que le fossé s’élargit, et que les prises de position s’extrêmisent. D’un côté, la communauté internationale par le biais de l’Union africaine a donné à la Haute autorité de transition (HAT) un ultimatum expirant le 16 septembre 2009 pour revenir à une situation conforme à la Constitution. De l’autre, la HAT qui a confirmé qu’elle n’avait plus l’intention de discuter de la Charte, manifestant ainsi la volonté de faire le forcing jusqu’au bout pour imposer sa présence à la tête du pays jusqu’à l’arrivée de cette fameuse IVème République. Et au milieu, le peuple malgache dont la classe politique ne se soucie guère, trop occupée à s’accrocher au pouvoir pour les uns, ou à tenter de le récupérer pour les autres. Peuple victime de l’ambition sans scrupules des uns, et quelque part, victime innocente des représailles de l’autre.

Les récents évènements. avec ces vraies bombes et ces commanditaires trop hâtivement livrés à l’opinion publique pour servir de prétexte à diverses manoeuvres, ne vont pas arranger les choses. Si la situation s’extrémise de telle manière, c’est parce qu’aucun point de vue commun n’a pu être dégagé sur les questions essentielles. Chacune des factions politiques voyant midi à sa porte, une intersection des opinions est fort peu probable dans le contexte actuel en vue d’une gestion concertée de la transition. Il est donc nécessaire de procéder à une relecture des points essentiels de cette crise.

17 mars : coup d’État ou pas ?

La position de la HAT est la suivante. Primo, Marc Ravalomanana a transmis le pouvoir à un Directoire militaire. Secundo, ledit Directoire l’a aussitôt remis à Andry Rajoelina. Par conséquent, pour le pouvoir de Transition, il n’y a pas eu de coup d’État, d’autant plus que la Haute cour constitutionnelle (HCC) a validé cette transmission de pouvoir, en se basant d’ailleurs sur on ne sait trop quelles règles de la Constitution qu’elle est censée protéger. Cependant, par rapport à cette décision, les pro-Transition font valoir que le premier acte anticonstitutionnel était la remise du pouvoir au Directoire militaire, et qu’il ne faut donc pas s’offusquer si la suite des évènements a également suivi des chemins tortueux. Pour que les hâtifs (1) conçoivent ce que la communauté internationale trouve à redire à ce processus du 17 mars, il faut qu’ils comprennent deux points fondamentaux.

Tout d’abord, concernant le fond. Ce n’est pas tant le 17 mars qui gène, mais aussi et surtout les semaines qui l’ont précédé. Car la communauté internationale possède ses réseaux d’information, et sait pertinemment quelle était la tendance sur la place du 13 mai depuis le début de l’année. Ainsi, elle a dans ses fiches de suivi que dès le 31 Janvier, le Maire d’Antananarivo avait déclaré urbi et orbi qu’il voulait prendre la tête d’une transition. Que dès le 30 janvier, un regroupement de partis d’opposition signait au Carlton de façon unilatérale une Charte pour une transition vers la IVème République. Que dès le 7 février, Andry Rajoelina nommait un « Premier ministre ». Que dès le 8 mars, des camps militaires se mutinaient contre l’autorité du régime Ravalomanana. Que dès le 16 mars, des engins blindés attaquaient un Palais d’État pour en prendre possession. Et ainsi de suite.

Par conséquent, continuer à tenter de noyer le poisson en focalisant le débat avec la communauté internationale sur la légalité du 17 mars ne peut qu’être une erreur stratégique de la part de la HAT, car c’est une tentative de faire avaler des couleuvres grosses comme des baleines. Car c’est surtout le processus dans les semaines qui ont précédé le 17 mars qui a amené les Présidents Obama, Sarkozy ainsi que les organisations internationales à qualifier l’accès au pouvoir de coup d’État. Tous les éléments préparaient et annonçaient le coup d’État : la virulence des discours qui réclamaient le pouvoir pour Rajoelina et le départ de Ravalomanana, la pression de la rue savamment manipulée, et une mutinerie militaire motivée selon les mutins par le patriotisme, mais que certains soupçonnent être le fruit d’amitiés de circonstance sonnantes et trébuchantes.

Ensuite, concernant la forme. Nul n’est besoin de rappeler l’épisode de l’Episcopat d’Antanimena, au cours de laquelle une tentative de gestion sereine du processus de transmission du pouvoir avait volé en éclats quand un officier mutin était entré dans la danse en vociférant à qui voulait l’entendre « ravako par la force », tout en armant sa kalachnikov pour faire l’intéressant : colère sincère ou volonté de protéger un deal envers et contre tout ? Seul l’Histoire jugera. Cette scène pitoyable qui s’est passée sous les yeux des diplomates a également créé le buzz sur Internet grâce aux contributions sur Youtube. Pour la communauté internationale, cette séquence sera celle qui illustrera avec le plus de force la prise de pouvoir de Andry Rajoelina.

Enfin, il est incontestable que Marc Ravalomanana a publiquement remis le pouvoir à un Directoire militaire. Primo, cela ne signifiait pas une démission, du moins si on se base sur la jurisprudence de 1972. Tsiranana avait remis les pleins pouvoirs au Général Ramanantsoa le 18 mai, mais était resté Président jusqu’au référendum d’octobre. Secundo, force est cependant de se poser la question suivante : en vertu de quoi le Président du Directoire militaire a-t-il remis ce pouvoir qu’il venait de recevoir à Andry Rajoelina ? On veut bien admettre, et c’est tout à son honneur, que le Vice-Amiral Hyppolite Ramaroson ne voulait pas garder le pouvoir. Mais sur 18 millions de Malgaches, pourquoi M. Rajoelina a-t-il été l’élu, par rapport à toutes les autres possibilités prévues ou non par la Constitution : était-ce un choix orienté, suggéré ou spontané ? Il parait qu’il n’y a eu aucune pression : qu’on nous explique donc sereinement les raisons de cette sélection.

Le peuple à toutes les sauces

Certains répondront facilement que c’était la volonté du peuple, chauffé à blanc par les révélations successives sur les abus de Ravalomanana, et excédé par la tuerie du 7 février (2). Cette argumentation ne satisfait que les hâtifs, mais a du mal à passer devant la communauté internationale. Car les normes internationales en matière de démocratie indiquent que le peuple s’exprime par le biais des élections, et non par le biais de mouvements de rue. Certains feront valoir que le régime Ravalomanana manipulait les élections, comme d’ailleurs tous ceux qui l’ont précédé. Sans doute, mais la victoire de Andry Rajoelina aux municipales montre qu’il était possible de surmonter cette fatalité, et que l’opposition n’avait qu’à s’organiser à l’échelle nationale pour ce faire.

D’ailleurs, Andry Rajoelina est le premier à savoir que l’affluence de la foule ne signifie rien par rapport à la voix des urnes : son rival n’avait-il pas fait stade comble lors du dernier jour de la propagande, avant de se faire battre piteusement ? La sur-utilisation de la volonté du peuple sur la base d’une foule est donc une autre erreur stratégique de la HAT, car en s’arc-boutant sur cet argument irrecevable, elle ne fait que creuser l’écart avec son rêve d’être reconnue.

Le rappel de ces principaux points n’a pas pour objectif de ressasser à l’infini les thématiques déjà vues et lues depuis des mois. Mais face à la situation de blocage actuelle, il faut se poser les bonnes questions pour obtenir les bonnes réponses nécessaires à la solution. Toute résolution de problème passe nécessairement par une bonne analyse-diagnostic, et l’expérience montre jusqu’à présent que la HAT se trompe dans ses prévisions. Y compris dans sa surestimation du poids hexagonal et des capacités chataîgnesques pour faire gober le coup d’État auprès des instances internationales.

Si la HAT veut donc obtenir la reconnaissance de la communauté internationale, il faut qu’elle arrive à comprendre le point de vue de celle-ci. Et surtout se faire une raison : ce n’est pas les règles internationales qui vont s’adapter à la HAT, c’est à elle de s’adapter aux règles. C’est donc sur les points évoqués ci-dessus qu’elle devrait apporter une réponse, et non se complaire dans cet autisme teinté de méthode Coué. Point barre, comme dirait l’autre.

Ceci étant dit, la dernière bonne question est celle-ci. Madagascar a-t-elle besoin de cette reconnaissance de la communauté internationale ? Des voix hâtives et plaintives se font de plus en plus entendre dans ce sens. Argument préféré : on est avec elle depuis 50 ans, mais quel est le résultat ? Une fois encore, la communauté internationale et les bailleurs de fonds sont les boucs émissaires désignés de nos propres insuffisances et turpitudes. Toutefois, au-delà de ces poussées d’urticaire pseudo-nationalistes, il faudrait tenter de définir objectivement le poids et la nécessité de cette reconnaissance internationale. Car la nécessité de protéger la souveraineté du peuple malgache dans ses choix est une chose indiscutable, même si elle est difficile. Cependant, jusqu’à présent et jusqu’à preuve du contraire, la HAT ne protège que ses propres intérêts si elle persiste. Errare humanum est, perseverare diabolicum.

18 Commentaires laisser un →
  1. 28 juillet 2009 10:30  

    Bonjour, votre post m’inspire quelques remarques.

    1. <> (Fijery)

    <> (Fijery)

    D’après ce que j’ai compris, dans la plupart des dictionnaires de droit constitutionnel, une différence est introduite dans la définition de ce qu’est un coup d’Etat avec une révolution. Quand des mouvements de population (même si ce n’est que d’une partie de la population) entrent en jeu, on parle plutôt de révolution et non de coup d’Etat. Voici un extrait du Dictionnaire Constitutionnel publié chez PUF sous la direction de Olivier DUHAMEL et Yves MENY :

    “Dans l’ordre des changements politiques irréguliers le coup d’Etat se distingue de la révolution. Celle-ci constitue une phénomène de portée plus étendue. On la considère habituellement comme génératrice d’un nouvel ordre social aussi bien que politique. Cette mutation dès lors peu fréquente, mais essentielle, résulte d’une action non limitée à l’appareil de l’Etat mais d’un mouvement populaire puissant, spontané ou encadré, dont la force balaye l’ordre établi. (…)

    Les modalités du coup d’Etat sont, à l’évidence variables. Mais il s’agit toujours pour ceux qui le fomentent d’accéder au pouvoir hors des procédures prévues. Il s’agit donc pour eux de se placer dans une situation dominante qui, si elle exclut le recours à l’action de masse, ne peut être obtenue qu’en acquérant la maîtrise de la force même de l’Etat.

    Je pense donc que ce qui s’est passé avant le 17 mars ne relève pas de la définition la plus consensuelle de ce qu’est un coup d’Etat. Car c’est surtout la pression d’une partie de la population (majoritaire ou minoritaire, c’est selon) qui a affaibli l’Etat.

    Les preuves d’un coup d’Etat devraient alors être fournies à partir de ce qui s’est passé depuis le 17 mars. D’ailleurs, il me semble que la communauté internationale n’a pas parlé de coup d’Etat avant le 17 mars.

    2. Il me semble que vous minimisez le cafouillage politico-juridique autour du 17 mars. Ce qui n’est pas mon cas d’où d’ailleurs mes réflexions là-dessus http://www.shadow-madagascar.net/?p=547 http://www.shadow-madagascar.net/?p=847

    Cela vous semble donc acceptable si le directoire militaire gardait le pouvoir transmis le Président vu que ce dernier n’avait pas officiellement démissionné ? Et au fait, en vertu de quoi le Président a transmis ce pouvoir aux militaires (car vous ne posez pas cette question) ? Pourquoi il a élu les plus hauts gradés de l’armée ? Pourquoi pas les plus anciens dans le grade le plus élevé des universitaires ? Pourquoi pas les plus anciens des chefs d’église ? Dans quel régime qui se veut républicain, un détenteur de pouvoir transmet celui-ci de façon discrétionnaire à d’autres sans aucun texte ? En quoi un acte exécuté le 18 mai 1972 (l’utilisation du terme jurisprudence me para^t plus qu’est un abus de langage) justifie-t-il des actes qui ont provoqué la déconstitutionnalisation de l’Etat près de 40 ans après ?

    3. A mon avis donc, la destruction de l’Etat et des structures institutionnelles n’incombe pas à un seul groupe d’individu. S’il n’y avait pas ce premier transfert du pouvoir aux militaires, cette responsabilité de la destruction de l’Etat aurait été unilatérale. Et peut-être même qu’il aurait été nettement plus facile de parler de retour à l’ordre constitutionnel y compris avec l’appui de forces étrangères.

  2. dadabe permalien
    28 juillet 2009 10:44  

    Feon’i NORVEGE:
    (http://www.amb-norvege.mg/norwayinmada/compresse.htm )

    La Norvège soutient le processus de réconciliation à Madagascar

    Le ministre de l’Environnement et du Développement Erik Solheim prie les parties de s’unir pour trouver une solution au conflit de Madagascar.

    02/06/2009 :: La Norvège a envoyé début mai une délégation à Madagascar pour mieux se rendre compte de la situation et donner des recommandations pour la poursuite de la politique norvégienne. Le rapport de la visite conseille une poursuite de l’engagement norvégien pour aider la population dans la situation très difficile où se trouve le pays.

    « L’objectif est la tenue d’élections démocratiques et reconnues dans le pays. Nous souhaitons contribuer à une solution des problèmes par la voie d’une réconciliation et d’un dialogue national. La Norvège prie toutes les parties de s’unir pour trouver une solution à ce conflit très difficile », déclare le ministre de l’Environnement et du Développement Erik Solheim.

    La situation s’est considérablement dégradée depuis le coup d’Etat en mars. La Norvège a gelé l’aide d’Etat à Etat destinée à Madagascar, mais maintient son soutien au travail effectué par l’ONU et les ONG.

    « Nous voulons aujourd’hui réexaminer l’aide apportée par la Norvège à Madagascar. Nous devons voir ce que nous pouvons faire pour empêcher que des groupes vulnérables, comme les enfants scolarisés, ne soient touchés », commente Erik Solheim.

    La Norvège suit l’évolution de la situation malgache en étroit dialogue avec la communauté internationale. La Norvège soutient le processus de négociation engagé par l’ONU, l’Union Africaine, la Communauté de Développement de l’Afrique Australe (CDAS) et la Francophonie.

    Le ministère des Affaires étrangères déconseille les voyages et séjours à Madagascar qui ne sont pas strictement nécessaires, voir les fiches pays du ministère.

  3. betsabetsa permalien
    28 juillet 2009 11:03  

    Mais c est quoi tout ca ?
    Je dis que c est tourner autour du POT

    on n avance pas on recule !

  4. zanaharyo.tahio permalien
    28 juillet 2009 11:14  

    Vous dites “Car c’est surtout la pression d’une partie de la population (majoritaire ou minoritaire, c’est selon) qui a affaibli l’Etat”

    Personne n’est dupe ici. Seul le recours à la force avant 1è mars a permis les événements du 17 mars. Le mouvement du 13 mai a piétiné (et tout le monde a les photos journalières)et il a fallu recourir à d’autres ruses pour maquiller l’usage de la force. Les malgaches n’ont pas besoin de recourir à votre définition pour comprendre ce qui est universellement reconnu comme coup d’état par tous les pays. Ce n’est pas quelques français qui vont nous apprendre ce qui s’est passé réellement chez nous. En tout cas le but était une révolution orange ou la couleur de votre préférence, mais comme les commanditaires étaient préssés??? et que le 13 mai s’essoufflait au risque de s’éteindre, il a fallu passer à la vitesse supérieure : coup d’état militaro civil.
    N’essayez pas de tirer le drap uniquement vers votre interet car il s’agit de notre pays. Maintenant pour remettre de l’ordre, ce n’est pas dans un dictionnaire de droit que vous enleveriez les armes de Alain Ramaroson ou Charges et compagnie. Ce n’est pas non plus autour d’une table qu’ils vont abandonner leur seule protection contre le mal qu’ils ont fait, car ils savent que c’est mal et ils en ont peur tous les jours.
    Il faudrait que les protagonistes soit à un niveau de pouvoir équitable pour que des vrais débats de fonds soient engagés.
    Est ce encore possible? c’est pour cela que çà doit se passer en dehors du pays (Mozambique). Ce sera la dernière issue et chacun d’eux est responsable de la suite. La bible du juriste ou l’encyclopédie ne pourra rien changer.

  5. Citoyenne malgache permalien
    29 juillet 2009 12:28

    “Il parait qu’il n’y a eu aucune pression : qu’on nous explique donc sereinement les raisons de cette sélection.”

    La réponse est dans le texte : “…dès le 31 Janvier, le Maire d’Antananarivo avait déclaré urbi et orbi qu’il voulait prendre la tête d’une transition.”

    Mangataha dia omena C’est aussi simple que cela, il suffisait de demander. Et vous tous qui rêvait de devenir président, vous avez manqué le coche…et le DJ l’a eu avant vous !!!

    Sinon, pour les preuves irréfutables de l’usurpation de pouvoir : http://nymarinatsymaty.over-blog.com/archive-04-1-2009.html

  6. Ndimby A. permalien
    29 juillet 2009 3:26

    @Shadow.

    Bonjour et merci des remarques intéressantes, auxquelles je souscrit pour une grande part. Toutefois, sans vouloir tenter de faire étalage de connaissances en droit constitutionnel que je n’ai pas du tout, je me contente du lexique de politique (Dalloz) qui définit le coup d’état comme “un renversement violent des pouvoirs publics établis par des autorités publiques subordonnées selon un plan méthodique pre-établi”. Cette définition me convient, et décrit à mon humble avis la situation telle que nous l’avons vécue de Janvier à Mars.

    Par contre, c’est vrai, le terme de jurisprudence est sans doute un peu osé.

    @Betsabetsa

    Sans doute, mais comment voulez-vous avancer dans des sables mouvants ? Le fond du problème non résolu à ce jour est le mode d’accès de Rajoelina au pouvoir, qui n’a ni l’unanimité nationale ni internationale. Et vous souhaitez que l’on parle de quoi ? De la participation des Barea à la coupe du monde 2014 ?

    @ Citoyenne malgache

    Izay mangataka dia omena ? Sans doute croire en de pareilles choses peut amener à de profondes désillusions : nos amis de la HAT ont du se le dire à Bruxelles

    @Zanaharyo.tahio

    Je pense que vous pointez du doigt un problème épineux. Comment gérer le clan des extrémistes qui sont présents au pouvoir.

  7. FeoIray permalien
    29 juillet 2009 6:48

    pour ceux qui ne l’ont pas encore vu, la copie de l’ordonnance du 17 mars 2009, “transferant” le pouvoir de la Directoire Militaire au sieur Andry Rajoelina
    http://nymarinatsymaty.over-blog.com/archive-04-1-2009.html

  8. 29 juillet 2009 10:25

    @Zanaharyo.tahio

    “Seul le recours à la force avant 1è mars a permis les événements du 17 mars.”

    Désolé, aucune preuve tangible n’a jamais été fournie jusqu’ici pour dire que l’ordonnance n°2009-001 était INEVITABLE.

    Ravalomanana pouvait-il fuire et faire condamner les Rajoelina, Charles, Ramaroson de coup d’Etat ? Et cela SANS SIGNER une quelconque ordonnance ? OUI.

    A partir du moment où la réponse à cette question n’est pas négative, que vous le vouliez ou non, Ravalomanana a foulé aux pieds la constitution alors que c’est lui qui est le principal garant de son respect. A partir de là, Ravalomanana pose également un problème pour un véritable retour à l’ordre constitutionnel.

    Les Rajeolina, Charles, Ramaroson et tout ce que vous voulez, vous pouvez les condamner de tous les maux, ce n’est pas moi qui y verrai une objection et qui les protégerai. D’ailleurs dans mon premier post sur cette affaire http://www.shadow-madagascar.net/?p=547 , les premières idées que j’ai développé sont relatives au code pénal sur l’usurpation des pouvoirs. Par contre, si vous écartez la responsabilité de Ravalomanana dans la déconstitutionnalisation de l’Etat (ou la destruction de la constitution si vous voulez), je ne suis pas loin de penser que c’est plutôt vous qui ne tirez le drap que dans le sens qui vous arrange.

    Dans tout raisonnement juridique, invoquer l’état de nécessité ou la contrainte pour justifier d’une violation de la loi ne marche pas selon les désidérata de chacun. Sinon, cela aurait été facile d’innocenter tous les criminels du monde. Tous les systèmes juridiques au monde ont adopté des principes pour cadrer ce genre d’argument. Par exemple aucun tribunal ne disculpera jamais un individu d’avoir tué son compagnon et de l’avoir mangé cru sous prétexte que cet individu a faim.

    Moi, dans toutes mes réflexions (vous pouvez scruter en long et en large tous les posts de mon blog), en dehors de ce que vous qualifiez de bible de juriste, je n’ai jamais dévié de ce principe : si on veut parler de loi et de droit, que l’on ait au moins l’objectivité de parler de TOUTES LES ILLEGALITES et pas seulement de celles imputables à un groupement de personnes. Et quand on entre sur le terrain du droit, alors que l’on assume cette posture pour discuter réellement avec des arguments juridiques. Et non dire que l’on n’est pas juriste après avoir été confronté à des arguments juridiques qui ne cadrent pas avec ses propres points de vue. Moi quand je discute, j’argumente et je ne me cantonne pas dans des étiquettages et caricatures dans le genre : les malgaches n’ont pas besoin de ceci ou de cela de votre part. Car qui suis-je pour prétendre parler au nom des malgaches ?

  9. jolami permalien
    29 juillet 2009 5:23  

    Merci à nouveau à M. Ndimby d’animer les débats d’idée. Qu’il soit proRa8 malgré ce qu’il laisse entendre n’est pas un problème.

    On pourrait ergoter sur la définition du coup d’Etat, le fait est qu’un changement de régime à la suite d’une insurrection a eu lieu: chacun pourra le qualifier comme il le souhaite.

    Marc Ravalomanana a quitté le pouvoir. Andry Rajoelina l’a pris. Qu’on le déplore ou qu’on l’approuve, c’est un fait avec lequel on doit composer.

    On est confronté pour le présent et pour le futur à deux problèmes: l’un tourné vers l’intérieur, l’autre tourné vers l’extérieur.

    Vers l’intérieur: il faut un ordre constitutionnel nouveau afin de rétablir la vie démocratique et donner une légitimité au pouvoir qui sera issu des élections.
    Vers l’extérieur: il faut assurer la reconnaissance internationale du gouvernement.

    La reconnaissance internationale de gouvernement après un changement de régime ne se fait pas dans l’immédiat (la moyenne de la reconnaissance de jure est de 18 mois après la prise de pouvoir par le nouveau régime). La pratique internationale montre que les Etats et la Communauté internationale attendent que la situation soit claire au niveau interne pour reconnaître un nouveau pouvoir arrivé par la force (le cas pratique Malgache de 2002 ne doit pas être oublié: Marc Ravalomanana a pris de force le pouvoir en 2002, son régime n’a été reconnu qu’à partir de 2003, la reconnaissance a été totale en 2004).

    Dans le cas présent de 2009, quelles soient les tergiversations, les stratégies des uns et des autres à Madagascar et ailleurs, la Communauté internationale attend un éclaircissement de l’horizon à l’intérieur. Comme elle a exigé un retour à l’ordre constitutionnel rapidement, elle doit accompagner le processus démocratique de l’automne et de l’hiver 2009. Référendum constitutionnel, élections présidentielles, élections législatives.

    Madagascar est un Etat souverain (cela n’est pas contestable juridiquement). La Communauté internationale n’a donc pas à lui imposer quoi que ce soit en matière de reconnaissance de gouvernement.

    Si les Malagasy arrivent à donner un fondement démocratique au nouveau pouvoir quel qu’il soit, la Communauté internationale est obligée de reconnaître ce pouvoir là (toutes proportions gardées, il suffit de compter le nombre de dictatures dans le monde et notamment au sein de l’Union africaine, il suffit de regarder tous les régimes qui menacent directement l’ordre et la paix internationaux que la Communauté internationale reconnaît pour comprendre que Madagascar n’a pas à craindre un refus de reconnaissance d’un nouveau régime une fois ce processus démocratique terminé).

    Voilà où nous en sommes.

    Si vous voulez parler du passé, il faudra parler de tout depuis 1972 et ne pas se focaliser sur le 7 février 2009. Et pour cela, le droit constitutionnel comparé et le droit international connaissent une institution qui fonctionne bien: une commission vérité et réconciliation. Historiens, Juristes, Sociologues la composent pour confronter les victimes aux hommes politiques aux membres des forces de l’ordre.
    Cela permet d’éclairer l’histoire, de comprendre le passé, de pardonner, de se réconcilier.

  10. Ndimby A. permalien
    29 juillet 2009 5:58  

    @ Jolami

    Pas mal comme contribution, même si je ne suis pas d’accord sur certains points. Par exemple je pense (pour parler de l’UE) que l’entrée en vigueur des Accords de Cotonou en 2003 ne permet pas le copier-coller du raisonnement de 2002 à 2009.

    Mais votre argumentation, je l’avoue, est assez brillante, sauf quand vous me traitez de pro-ra8. Non pas que je considèrerai cela comme une insulte, mais comme je l’ai déjà expliqué, je suis juste un opposant de principe à tout coup d’État dans mon pays, quelles que soient ses raisons. Je n’ai jamais voté ra8 ou TIM de ma vie.

  11. itoss permalien
    29 juillet 2009 7:05  

    milay be ilay :

    “ne fois encore, la communauté internationale et les bailleurs de fonds sont les boucs émissaires désignés de nos propres insuffisances et turpitudes”

  12. jolami permalien
    29 juillet 2009 9:20  

    @Ndimby

    Pardonnez-moi, je ne voulais pas vous offenser en disant cela.

    Je ne suis pas non plus favorable aux coups d’Etat.

    Toutefois, dès lors que 2009 n’est qu’une forme parmi d’autres de prise de pouvoir en dehors de la procédure constitutionnelle, il ne m’apparaît ni juste ni équitable de critiquer uniquement celui de 2009.

    Je précise aussi que je suis soucieux uniquement de l’intérêt des Malagasy et de Madagascar sans prendre parti pour X ou Y.

    Juste une petite remarque si vous le permettez à propos de l’accord de Cotonou. Historiquement, il n’a été ratifié par la totalité des Etats ACP que en 2005 car son pilier dit politique (Droits de l’Homme, Etat de Droit, Démocratie) peut apparaître comme une nouvelle forme de colonialisme.

    Le Préambule prévoit tout de même que chaque membre est libre de choisir sa forme de démocratie…

    Par ailleurs, concernant l’entrevue de Bruxelles.

    Sur le fond, l’Union européenne était en droit de poser diverses questions à la délégation Malagasy. En revanche, sur la forme, ce qui a été dit par les chefs de délégation de l’Union européenne n’est pas acceptable.

    L’attitude de la Communauté internationale dans l’ensemble à l’endroit de la HAT est d’une ambiguïté regrettable par comparaison avec d’autres régimes…

    En tout état de cause, c’est aux Malagasy eux-même de trouver une solution pour instaurer enfin une véritable démocratie stable et doter Madagascar d’institutions stables permettant de prévenir les coups d’Etat et permettant de résister aux changements des hommes et de la société.

  13. Ndimby A. permalien
    29 juillet 2009 11:44  

    @ Jolami,

    Rassurez-vous, vous ne m’avez pas offensé du tout. J’apprécie les échanges d’idées avec vous même si nous ne sommes pas toujours d’accord. Je sais donc qu’il n’y avait aucune mauvaise intention dans vo paroles.

    Ceci étant dit, il y a des équations qui sont effectivement un peu énervantes quand on les entend un peu trop souvent.

    Par ex,anti-coup d’Etat=anti-HAT=pro-ra8=zanak’i Dada = terroriste.

    On peut très bien se recoonaitre dans la première partie (ou les deux premières) del’équation, sans adhérer au reste, et surtout à la dernière patie.

    Cordialement

  14. jolami permalien
    29 juillet 2009 11:58  

    @Nimby,

    Je vous remercie de votre compréhension.
    Loin de moi l’idée d’adhérer à des équations simplistes et encore moins de vous inclure parmi les extrémistes de tous bords.
    Je me réjouis de votre blog car on y est loin des invectives mutuelles présentes sur divers forum. Ces attitudes ne font qu’aggraver une situation déjà déplorable sans apporter des solutions réalistes.
    Ma seule préoccupation, comme la vôtre je suppose, est de doter notre pays d’institutions stables afin de mettre fin à une culture politique habituée des coups de force.

    Je vais de ce pas ajouter quelques commentaires constructifs sur votre article Reformater la transition.

    Bien sincèrement.

  15. Rama permalien
    30 juillet 2009 1:11

    AVANT LE 17 MARS: QUI N’A PAS ENTENDU DES MILITAIRES SOMMANT LE PUBLIC DE DEGAGER L’ACCES VERS IAVOLOHA CAR ILS ALLAIENT “INTERVENIR”?
    QUI N’A PAS VU LES TANKS ET AUTRES Y ALLER?
    QUI N’A PAS ENTENDU LES CANONS TONNER AU NIVEAU D’AMBOHITSOROHITRA? BANQUE CENTRALE? etc.

Rétroliens

  1. Reformater la transition « Réflexions sur la vie politique malgache…
  2. Attention à l’électionnisme mora « Fijery, le blog de Ndimby A.
  3. Madagascar : Attention à l’électionnisme mora | Tsimok'i Gasikara

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