Réflexions sur la vie politique malgache…

18 octobre 2009

Basket-ball patriotique

Depuis plus de 20 ans, j’ai toujours eu avec le sport une relation plutôt théorique et lointaine, faite de quelques matches de football regardés distraitement devant un copieux plateau télé. Et même dans mes années de lycée, en dehors des trois heures hebdomadaires obligatoires, j’étais beaucoup plus attiré par les compétitions d’échecs ou les salles de bibliothèques, que par les terrains de sports. Autant alors vous dire que la Coupe d’Afrique de basket féminin qui se déroule actuellement à Antananarivo est plutôt loin de mes préoccupations. J’ai pourtant accepté de suivre mon frère (sans grande conviction) assister au match de basket vendredi dernier entre Madagascar et le Mali, championne d’Afrique en titre.

Etant plutôt éditorialiste politique que chroniqueur sportif, je ne me hasarderai pas à parler du match sur le plan technique. Je note juste que les Maliennes étaient plus grandes, ce qui a limité les Malgaches dans les balles hautes ; que nos compatriotes étaient systématiquement dominées sous les deux paniers et presque toujours battues sur les rebonds ; que le taux de lancers francs ratés par les Malgaches était incroyablement élevé, alors que les ratés des Maliennes ne dépassaient pas les doigts d’une main. En deux mots, notre équipe nationale a été dominée à plate couture par les championnes d’Afrique en titre. Score sans appel : 80 -46.

Mais finalement, pour le néophyte en sport que je suis, je dirai que le score n’était pas le plus important. Sans doute les basketologues vont expliquer cela par un ensemble de différences : expérience internationale, taille des joueuses, régime alimentaire, qualité de l’encadrement etc. Sincèrement, je ne sais pas, et d’ailleurs, je m’en moque. Car ce que je retiens de ce match, c’est que ces basketteuses malgaches m’ont quelque peu réconcilié avec ma malgachéité (1). Aussi, la défaite des Malgaches ce jour-là m’importe peu, même si bien entendu j’aurais préféré qu’elles gagnent.

Panier à trois points

En parlant de trois points, voici donc ce qui me semble important de souligner.

Primo, Madagascar peut s’enorgueillir de l’accueil de cet événement international, fût-t-il sportif.  Grâce à Andry Rajoelina, le sommet politique de l’Union africaine nous est passé sous le nez : on se consolera donc avec ce sommet basketballistique continental. En outre, la qualité de l’organisation de cet Afrobasket féminin mérite d’être soulignée. Et même si la reconnaissance internationale diplomatique n’est pas là, l’ambiance bon enfant qui mêle dans la même ferveur Africains et Malgaches nous change des discours xénophobes des attardés chronologiques d’Otrikafo contre le Groupe international de contact (GIC). Un événement continental de sport accueilli chez nous et organisé sans aucune faille : en tant que Malgache, cela fait donc sacrément plaisir. Et surtout, que le Virapin de service ne vienne pas nous dire que c’est grâce à lui.

Secundo, les cœurs de tous les Malgaches présents au Palais des sports ce vendredi dernier battaient à l’unisson pour soutenir l’équipe nationale, et on y retrouvait donc cette fameuse solidarité nationale que les politicards ont du mal à mettre en place à Madagascar : seules les scissions et divisions entre les Malgaches leur permettront d’accéder et de se maintenir au pouvoir par des voies anticonstitutionnelles, et ils n’ont pas intérêt à ce que ça cesse. D’autres vont même prendre conseil et instructions auprès de l’ancienne puissance coloniale, 52 ans après 1947 : quelle belle preuve d’Indépendance et de patriotisme !

Tertio, toute la salle était fière de nos basketteuses et les a soutenues jusqu’au bout, même quand c’était de toute évidence perdu (en fait, il n’y a jamais eu moins de 15 points d’écart entre les deux équipes). Alors oui, pendant ces deux heures, malgré la défaite et malgré la domination malienne, j’ai été fier d’être Malgache. Et je suis sûr que toute l’assistance partageait ce sentiment patriote, sans doute mis à mal depuis janvier 2009 par les honteuses pitreries de  New-York, mais aussi par les turpitudes de nos politiciens qui portent bien bas le flambeau malgache de Bruxelles à Maputo, de Maputo à Antananarivo. Sans oublier les ratés d’Addis-Abeba et de Genève.

De toute ma vie, c’était le premier match de basket d’envergure que je regardais in vivo, autrement qu’à la télé. Et encore, si je regarde un match de basket sur le petit écran, c’est que je suis en train d’attendre l’émission d’après et que je n’ai rien d’autre à faire pour tuer le temps. J’ai donc été impressionné par l’ambiance du stade, quoiqu’un peu assourdi par un beuglard derrière moi, qui n’a pas arrêté pendant tout le match de manifester bruyamment son soutien ou son dépit. J’ai été amusé par ces espèces de mantra que tout le monde répétait : « karakarao fa mivoraka… », et surtout celle qui disait « ataovy, ataovy, ataovy manem(… censuré …) ». J’étais même à deux doigts de mourir de rire en contemplant du coin de l’œil ma voisine, honorable mère de famille quinquagénaire à tête de prof de physique-chimie, qui participait de tous ses poumons à cette incantation peu orthodoxe.

Quoi qu’il en soit, merci les filles ! Merci à Maiwenn, Prisca, Lydia, Rokia et les autres d’avoir rappelé le temps d’un match que c’était si bon d’être Malgache. Que ce soit devant un beau panier marqué ; après un beau geste technique ; devant la combativité d’une joueuse ; à l’unisson (mais en silence pour ma part) avec une salle qui chante pour supporter l’équipe nationale. Heureusement qu’il n’y a pas que ces tocards de la classe politique qui peuvent nous servir de modèle, sinon bonjour la camisole.

Je note enfin avec amusement que Mialy Rajoelina est descendue sur le terrain après le match pour saluer les joueuses malgaches, en compagnie du ministre Virapin Ramamonjisoa. Même l’assistance de ce match de basket m’a réconcilié avec ma malgachéité : cette délégation hâtive s’est alors fait huer par le public. Cela m’a fait un peu de peine en pensant à la femme que Madame Rajoelina était, et qui payait de cette humiliation le seul fait d’être l’épouse du putschiste qui a précipité le pays dans la crise actuelle. Mais cela m’a franchement fait rigoler, car après cela, qu’on ne vienne plus me dire que les tenants du coup d’Etat sont encore populaires à Antananarivo. Il est vrai que les écrevisses marbrées qui garnissaient la Place du 13 mai, ainsi que les sinistres bidasses voués à intimider l’opposition n’étaient pas là. Ces huées représentaient donc de façon spontanée le peuple qui peut enfin s’exprimer, cette majorité silencieuse qui a décidé de donner de la voix, en attendant que les élections permettent de délivrer à Andry Rajoelina et Monja Roindefo le message qu’ils méritent. Ataovy, ataovy, ataovy… ny fifidianana !

_________

(1) Préférons ce mot à celui de malgachitude, qui sonne trop proche de la négritude de Senghor, dans laquelle je ne me reconnais pas vraiment.

 bestoffeogasy2 Le blog FIJERY est nominé dans le cadre de la compétition Best of Malagasy Blogs 2009, dans la catégorie Mpivoy Gasy.

http://www.bestofmalagasyblogs.com

9 commentaires »

  1. C’est toujours bluffant de “découvrir” d’autres univers. Et entre le milieu politico-intellectuel qui est le vôtre, et celui du sport, il y a en effet un écart qui dépayse, et ressource au passage. Et je vous assure que dans les autres disciplines, collectives comme individuelles, il y a la même explosion d’énergie saine qui transfigure votre manière d’appréhender les choses, qui vous change en tout cas des manoeuvres politiciennes. Quoique le sport ne soit pas non plus dénué des préoccupations stratégiques, loin s’en faut. C’est donc chose entendue, vous allez de ce pas vous inscrire dans un club, etc.
    Mais pour ce qui de Mialy Rajoelina, faut-il vraiment se tracasser pour sa destinée? C’est évident qu’elle n’est pas tout à fait innocente dans ce qui lui arrive. Au mieux, la perspective de devenir la Première dame avait titillé son égo, et elle ne s’en était que mollement défendue. Au pire, on peut envisager qu’elle ait été de mèche dans les visées de son mari. Car on ne me fera pas croire qu’une femme, de nos jours, accepte d’être le simple jouet des lubies de son mari. Et comme vous dites, ces réactions spontanées et de plus en plus partagées et assumées, contribueront sans doute aussi à remettre un peu les idées en place chez les dirigeants hâtifs? Mais renforceront sûrement le peuple dans ses choix. Oui, ataovy, ataovy ny fifidianana!

    Comment par Maminah — 20 octobre 2009 @ 8:50 | Répondre

  2. :) la magie du sport… :p

    Comment par tiana — 20 octobre 2009 @ 8:51 | Répondre

  3. Hello,

    Interesting article with a funny ending!! I laughed out loud reading your last sentence….”ataovy ataovy…ny fifidianana”. It would be really interesting to know how popular is TGV now, seven months after the coup.

    Let’s just hope that the election is not going to be rigged.

    Have a good day

    Comment par Hope — 20 octobre 2009 @ 8:52 | Répondre

  4. Misaotra anao Ndimby a!!! tu me reconcilie avec l’idée que je me fais de moi-même et de moi par rapport à ma malgachéité (aussi). Je me disais que je faisais partie d’une grande frange de population qui voulait autre chose que ce que disaient ces “gens de la haute politique”. Là,je suis fière d’en faire partie, car tu l’as exprimée explicitement, ce que nous avions sur le coeur sans trop savoitr comment le dire. Encore BRAVO pour cetexcellent écrit.

    Comment par Andrimanana — 20 octobre 2009 @ 8:52 | Répondre

  5. Fierté nationale, drapeau national
    Le sport est un des piliers pour la fondation d’une solidarité et fierté nationale, et je partage ce que vous avez ressenti.
    Quand bien même, nous avons du chemin à faire. Je ne connais pas celui qui dit assumer le poste de premier responsable du développement du sport chez nous en ce moment. Je regrette qu’il ait accepté changer les couleurs de notre drapeau national (cf couleur du maillot de l’équipe, aux couleurs de la seule société qui ait continué à faire de la com pendant les “looting” et finance de manière ostentatoire depuis le défilé du 26 juin les activités HAT). La fierté consiste aussi à ne pas transgresser les principes que l’on s’impose à soi-même et manifestement, le fait que le HAUT responsable n’incarne pas cette valeur de FIERTE mesure la profondeur d’une des tâches qui nous attend.

    Comment par duck-selon-nj — 20 octobre 2009 @ 8:53 | Répondre

  6. Au sport, le meilleur gagne… pas en politique.

    Heureusement qu’il y a le frère pour faire connaître à Ndimby les joies d’une manifestation où l’on vibre pour la même cause et supporter une équipe malgré les défauts qu’elle pourrait avoir, malgré sa défaite, et pour saluer ses efforts d’en être arrivé à ce niveau.

    Mon mantra préféré va surtout au Tsy maninona io fa reveo ! pour encourager un joueur ou une joueuse qui a fait une faute ou manqué un panier.

    Mais attention, il ne suffit pas qu’une équipe soit malgache pour obtenir le support du public. Je me souviens d’une demi-finale lors des jeux de la francophonie où le stade s’est vidé, parce que, se sachant perdante, l’équipe malgache avait perdu toute sa combativité.

    Comment par Citoyenne malgache — 20 octobre 2009 @ 8:54 | Répondre

  7. Et au fait, le dj a eu sa part de nems hier, et devant Diébilé Tramé, et devant le mécène de l’équipe malgache, en direct à Mahamasina. Finalement, ce qui empêche la population de réagir de manière plus explicite c’est l’argument de poids que la HAT possède: des voyous qui osent, en tenue de combat.

    Comment par duck-selon-nj — 20 octobre 2009 @ 8:55 | Répondre

  8. Il est évident qu’il y a un divorce certain entre “l’élite” politique et le peuple qui s’exprime à l’unisson lors des évènements culturels et sportifs. De plus, des élections hatives ne seraient pas la meilleure solution, car elles seront truquées, si ce sont les incompétents et les criminels au pouvoir qui les organisent.

    Le basket (bof), je m’intéresse surtout au foot, et le seul match que j’ai vu en direct était contre la Cote-D’ivoire, et l’ambiance était géniale, même si on a pris une raclée. Drogba il a l’air plus grand à télé :D

    Comment par achille52 — 20 octobre 2009 @ 8:56 | Répondre

  9. Ce match de basket aura fait du bruit, pendant et après, lequel bruit aurait eu des sonorités différentes qui en ont amusé plus d’un.
    Les absents on toujours tort mais les raconteurs -talentueux qui plus est- sont là.
    Le baromètre populaire a annoncé un verdict sans appel.Vibrer pour la nation oui, vibrer pour la hat non! Le basket et les belles basketteuses oui, la hat non!
    Pas sûre qu’ils en aient tiré des leçons, cela fait si longtemps qu’ils sont sourds ou alors ils vont alléger leur conclusion dans la facilité, un stade de basket n’est pas le peuple malagache, les manifestants du 13 mai, oui…

    Comment par Mmm — 20 octobre 2009 @ 8:56 | Répondre


Flux RSS des commentaires de cet article. URI de Trackback

Laisser un commentaire

Publié sur WordPress.