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Sanctions internationales à reformater

27 juillet 2011

La mise en ligne de nouveaux articles sur Fijery sera très rare  pendant la période des vacances. Merci de votre compréhension. Retour à la régularité prévue pour fin Septembre 2011.

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Les sanctions de la communauté internationale contribuent à appauvrir et affamer les couches les plus vulnérables de la population malgache. Voilà en résumé ce qu’a déclaré à l’issue de sa mission à Madagascar le Rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, Olivier de Schutter (photo).

Ce sont les décisions prises par la communauté internationale dans la gestion de la crise malgache qui sont ainsi pointées du doigt. Il ne s’agit pas ici des sanctions mises en place par l’Union africaine (UA) en mars 2010, et qui ont eu une portée beaucoup plus symbolique qu’autre chose sur les 109 personnes ciblées (interdiction de voyage et gel des avoirs en Afrique). Ces sanctions n’ont servi à rien, tout comme les suspensions de Madagascar des organisations telles que l’UA, l’OIF ou la SADC.

Les sanctions économiques ont quant à elles eu un effet plus dévastateur sur les Malgaches. La suspension de l’aide budgétaire, dans un pays où trois-quart du programme d’investissement public est apporté par les bailleurs de fonds. La suspension de l’AGOA, qui a résulté en plusieurs centaines de milliers de pertes d’emplois directs et indirects. La mise au ralenti des projets de développement financés par les partenaires techniques et économiques, alors que lesdits projets devaient protéger les pauvres. De plus, les entreprises sont asphyxiées par la crise, mais aussi par des « redressements d’office » imposés par le Fisc, mais qui semblent plus tenir de la roulette russe que d’une quelconque rationalité.

La paupérisation de la population est une réalité, et les victimes se lancent dans l’informel pour joindre les deux bouts. Cela se voit dans les rues, où les vendeurs sont de plus en plus nombreux. Et cela se voit dans les journaux, où des « salons de massage » en nombre croissant proposent leurs services tout en résorbant le chômage féminin.

Au final, les décisions prises par la communauté internationale ont eu des effets pervers sur la population, mais ont été inefficaces à faire dévier le pouvoir hâtif de son autisme et unilatéralisme. Celui-ci devrait donc ne pas avoir l’indécence d’utiliser les déclarations de M. de Schutter pour sa propagande.

On note toutefois que la communauté internationale ne découvre pas les dommages collatéraux des sanctions économiques avec la crise malgache. Dès 2000, le Rapport Bossuyt sur les sanctions économiques avait été présenté devant la Commission des droits de l’homme de l’ONU. Mais il est regrettable que les leçons des effets des sanctions générales n’aient pas été tirées par les décideurs, que ce soit après les 500.000 enfants irakiens morts ou les 100.000 employés du textile birman devenus chômeurs. Pour ne citer que ces deux cas.

Ceci étant dit, il faut se poser la question de la culpabilité et de la responsabilité dans ce genre de situation. La Communauté internationale qui a imposé ces sanctions n’a fait qu’agir en réaction au coup d’État du 17 mars 2009. Autrement dit, pas de coup d’État, pas de sanctions. Le coupable est donc tout trouvé. Chercher à justifier le coup d’État avec des raisonnements foireux risque de nous mener très loin, des errements de Ravalomanana jusqu’à la décolonisation mal faite. De plus, si les sanctions ont perduré, c’est à cause du régime de transition qui a refusé de souscrire à un bon sens minimum dans la résolution de la crise. Si Rajoelina avait eu le courage de ne pas renier sa signature de Maputo sous la pression de la clique qui l’entoure, on n’en serait pas là.

La communauté internationale doit donc redéfinir les sanctions mises en place pour mettre la pression sur le régime hâtif, afin d’en faire des sanctions ciblées réellement « intelligentes » selon le vocabulaire onusien. S’attaquer de manière aveugle à tout un peuple innocent pour exprimer son indignation à une poignée de coupables est une hérésie. Car il faut être un crétin patenté pour croire que l’arrivée de Andry Rajoelina au pouvoir résulte de la volonté de la majorité.

Par conséquent, la communauté internationale doit se remettre en question, et les sanctions revues et corrigées. Dans leur conception, afin d’atteindre uniquement ceux qui le méritent. Dans leur application, afin de colmater les brèches béantes ouvertes par le comportement de la France au sein de l’Union européenne (UE) et de l’Île Maurice au sein de la SADC, et qui sont ressenties par le régime de transition comme des encouragements à persister dans l’erreur. Car on se demande encore comment des dirigeants frappés de sanction peuvent investir dans l’achat de villas de luxe à Maurice. Ou voyager comme si de rien n’était vers Paris.

En outre, les sanctions ciblées doivent impérativement concerner l’UE pour pouvoir espérer une efficacité. Car il va sans dire qu’une interdiction de voyage ou un gel des avoirs en Europe aurait une autre portée pour les dirigeants hâtifs que les sanctions de l’UA. Mais depuis 2009, la France protège le régime de transition des sanctions européennes qui sont les seules à pouvoir compter, d’où l’inefficacité de la diplomatie coercitive sur la HAT.

Le deuxième problème est que les services internationaux spécialisés chargés de traquer les flux d’argent suspects des dirigeants dans le monde entier semblent être aveugles et muets au sujet du cas malgache. Alors que les fortunes amassées par les dictateurs africains font les choux gras de la presse française, il n’y a que radio-trottoir Madagasikara qui véhicule les informations sur les Hummer d’un tel ou les investissements immobiliers d’un autre.

Le troisième et dernier problème réside dans le comportement de certains États, qui privilégient leurs intérêts particuliers au lieu de contribuer à l’effort de sauvegarde de la démocratie. On ne parle pas seulement de la France, mais aussi de la Chine dont l’entreprise nationale Wisco collabore sans sourciller avec le pouvoir actuel, et dont les douanes ne s’embarrassent pas de préjugés sur la provenance des containers de bois de rose qui arrivent dans ses ports.

On note que malgré leur envergure sur le plan international, les États-Unis ne pèsent pas lourd à Madagascar par rapport à la France, et ne peuvent donc espérer prendre un leadership dans le dossier malgache. En effet, l’Oncle Sam n’a ni les liens historiques avec l’Hexagone, ni le nombre d’expatriés, ni le volume d’échanges commerciaux, ni la masse critique de membres de l’élite formés en France, si élite il y a, et qui seront toujours quelque part atteints de francophilie plus ou moins grave.

C’est donc dans ce contexte complexe que la communauté internationale doit effectuer un dosage. D’une part, la nécessité de sanctions afin de ramener à la raison un régime violant à tour de bras les principes de la démocratie et de la bonne gouvernance. D’autre part, la nécessité d’éviter les dommages collatéraux. Car ceux qui espèrent que le poids de sa souffrance va réveiller la population de sa torpeur, se trompent lourdement.

La communauté internationale doit donc faire un choix. Ou bien se dire que les sanctions sont inefficaces, et alors se défroquer complètement en quittant son comportement incohérent de vierge folle avec ses oui – non – peut-être – finalement non. Ou bien se donner une chance de les rendre efficaces, et les reformater en conséquence.

On notera pour terminer qu’avant de jouer les père-la-morale avec le Rapport de M. de Schutter, l’ONU devrait aussi être un peu plus cohérente avec les efforts internationaux pour ramener ce régime issu d’un coup d’État dans le droit chemin, au lieu d’inviter ses représentants aux sessions de ses Sommets. Car dénoncer les impacts des sanctions est noble, sauf quand on contribue à leur inefficacité, et qu’on ne bouge pas le petit doigt pour mettre la pression. Ailleurs, le Conseil de Sécurité a pris l’initiative de sanctions ciblées pour mettre un coup d’arrêt au trafic de ressources minières et forestières qui renforçaient des régimes indélicats (Libéria, Sierra Leone etc).

On a souvent raillé dans ces colonnes le comportement fantasque des leaders des quatre mouvances. Mais sans doute, dans la distribution de bonnets d’ânes, la communauté internationale ne serait pas en reste.

9 Commentaires laisser un →
  1. Andriantsimbazovina permalien
    27 juillet 2011 6:35  

    Les débats d’idées entretenus par des personnes de qualité et de bonne foi contribuent à assainir une situation politique structurellement en déliquescence.
    C’est donc avec intérêt que l’on lit cette contribution de Ndimby.
    Avec tout le respect qu’on lui doit, on ne partage pas son analyse sur les sanctions.
    Et cela pour deux raisons.
    La première est que les sanctions ne sont ni adaptées ni équitables ni efficaces face à une situation pour le moins confuse. La durée des tractations, des bals des acteurs, et bien sûr de la transition démontre la complexité du système politique malgache.
    Toute étude des relations internationales et du droit international démontre depuis des lustres l’inefficacité de ces sanctions et leurs graves effets pervers. Toutes proportions gardées, le nombre et la durée de régimes sanctionnés qui ont survécu à ces sanctions sont éloquents de la Chine de Mao jusqu’à la Lybie de Khadafi…
    La seconde est que la pertinence même de ces sanctions contre le régime actuel était douteuse depuis l’origine dès lors que la qualification du changement de régime intervenu en mars 2009 pose difficultés compte tenu d’un rituel malgache de changement du pouvoir par la rue.
    Alors dire qu’il faut les réformater peut ici surprendre de la part d’un brillant éditorialiste totalement respectable.
    Tout politique responsable, de bonne foi, soucieux de l’intérêt du peuple Malgache et de Madagascar devrait aujourd’hui même avancer vers la solution politique à la base d’une sortie de crise attendue avec impatience par tous.

  2. 28 juillet 2011 9:03

    En effet, Ndimby, pour le cas de Madagascar, on est en droit de se demander si les sanctions ont eu la moindre efficacité. Car, tout d’abord, elles n’ont pas touché les auteurs du coup d’Etat (ou très peu). Par contre, elles ont desservi la population qui, de ce fait, se sent persécutée par les grandes puissances et institutions étrangères. Outre les difficultés financières que cela engendre au sein de chaque foyer, elles infligent des humilations, des blessures durables à la fierté nationale. D’où les effets pervers tels que la corruption ou encore la résurgence des sentiments nationalistes plus ou moins étroits que le pouvoir en place ne manquera pas d’instrumentaliser.

    Mais est-ce que l’inaction aurait été mieux ? Non, bien-sûr, ce serait intolérable. Les sanctions deviennent une nécessité lorsque l’on a épuisé toutes les tentatives diplomatiques, elles sont le dernier recours si l’on veut éviter l’utilisation de la force. Mais comme vous l’avez si bien dit, la communauté internationale devrait revoir ses copies afin de trouver des sanctions plus intelligentes. Des mesures qui ne perturbent pas la micro-économie locale et qui distinguent les dirigeants de la population en ne visant que ces personnalités politiques et leurs entourages sans porter atteinte aux Malgaches. Les dommages engendrés ne doivent pas être plus importants que le résultat visé. Il faudrait donc des dispositifs personnalisés comme la saisie des biens, le gel des comptes à l’étranger, le refus de visa …, et pourquoi pas une suspension provisoire des relations diplomatiques et des visites officielles ? Mais pour que cela soit vraiment efficace, il faudrait mettre en place ces dispositifs au-delà des frontières africaines. Mais est-ce bien le souhait de la communauté internationale ?

  3. olivier permalien
    28 juillet 2011 4:56  

    Très bon exposé comme d’hab’ Ndimby, seulement pour”Au final, les décisions … pour sa propagande.”, seriez-vous étonnés qu’à juste titre que les Simao-Salamao cet Olivier de Schutter serait-il passé pour dire ce qu’il avait dit car premièrement vous voyez même avec cette paupérisation flagrante à grande vitesse (la seule chose méritant le qualificatif tgv) du peuple malagasy les foza “pincent” très fort pour garder coute que coute les sièges d’Ambohitsirohitra/Mahazoarivo/Tsimbazaza/Anosikely/CENI/… alors avec leurs concitoyens-concitoyennes bolangina be par les PAM/FAO/&autres ce ne serait plus de la propagande pour les hâtifs mais vraiment une signe de réussite et de victoire avec une signe V de couleur orange. Deuxièmement et je crois que vous allez me comprendre mais ce que venez de décrire c’est comme si vous Ndimby vous êtes en train de voir un méchant brute frapper durement sur un autre plus faible et au lieu d’arrêter le massacre vous préférer intervenir en faisant des pansements sur le pauvre blessé qui continue de recevoir des coups durs. Troisièmement, même nous tous qqs fois nous avions envie de dire “tant pis pour ce peuple de masochistes”, car la C.I càd SADC-UA-UE-BM-FMI-BAD-…ne seront-ils pas en porte à faux si par ex dans d’autres pays et pour une raison ou pour une autre une usine qcq est fermée, tous les membres du personne ‘probablement soutenu par leurs familles et proches, les divers syndicats-avocats-notables de la ville, …), exceptés les hauts cadres, feront un meeting ou un manif de même envergure pour la réouverture de ladite usine. Mais contrairement de chez nous les gens de l’AGOA et autres chosissent de grossir les marchands de trottoir de Behoririka, d’Analakely, de devenir des dahalo ou d’être “masseuses de n’importe-quel-salon”. En d’autres termes ils ne veulent point saisir le taureau par les cornes mais sans hésitations et quoique leurs vies en dépendent de contourner le vrai grand problème, et le comble c’est que dès que quelqu’un leur parle un peu de politique leur réaction instantanée c’est “ne me parler pas du tout de politique j’en ai rien à foutre !”, pourtant juste une seconde et à un mètre après ” putain que c’est vraiment trop dur actuellement la monté du coup de la vie et le développement exponentiel de l’insécurité en ville comme à la campagne!”. Pour eux donc tout cela n’est point dû à cette merde de politique foza. Alors est-ce à la C.I la faute si on est tjs là ?
    Enfin Ndimby, vous minimisez un peu trop les actions amerloques dans cette crise qui est la notre mais “si les Ricains ne sont pas là..” on nous aurait fait voter en guise de texte du dernier référendum de novembre 2010: acceptez-vous de faire de Madagasikara un Mayotte-II ? Et le voui l’aurait gagner pour recréer un nouveau dom-tom. La frantsafrika a donc un adversaire de taille.

Rétroliens

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