French Kiss à Paris, et le peuple se fait b…
Malgré mon peu d’enthousiasme à parler d’affaires intérieures de pays dont je ne suis pas citoyen, l’actualité oblige à parler du Président Sarkozy, qui croit bon de recevoir aujourd’hui le putschiste de l’Océan indien au Palais de l’Élysée. A priori, chacun reçoit qui bon lui semble chez lui, que ce soit dans son bureau ou à son domicile. Mais quand on est un Chef d’État, sans doute cette notion de liberté dépasse-t-elle le simple cadre privé pour devenir un sujet public. Cet accueil à l’Élysée organisé avant même que l’Union africaine, gestionnaire officielle de la crise malgache au nom de la communauté internationale(1), ne se réunisse et décide, est un pied de nez à la diplomatie africaine, et une façon de lui indiquer le droit chemin : le bwana a parlé, les indigènes doivent s’aligner, et répondre en chœur : « oui, bwana, bien, bwana ». Certes, on ne s’attend pas à des miracles, car depuis que les médiateurs africains successifs se déculottent devant l’unilatéralisme du Grand Hâtif, on sait que ce dernier est proche de son nirvana. Le DJ, qui salive depuis deux ans et demi d’être reconnu « par ses pairs », voit ainsi dans son accueil à l’Élysée la consécration de son coup d’État.
L’indigène et le bwana
L’étiquette veut que l’on offre des cadeaux quand on se rend en visite chez un chef d’État. Il est d’ailleurs d’usage, quand les vassaux africains vont faire allégeance à Paris, que des cadeaux de grande valeur soient remis au Maître de l’Élysée. Autrefois en Europe, le vaincu déposait son glaive ou les symboles de son pouvoir (sceptre, couronne) aux pieds du vainqueur. En 1947, les rebelles malgaches devaient remettre leurs armes aux représentant de l’envahisseur français en signe de soumission. Les temps modernes ont cependant changé les mœurs. On se souvient de la fameuse affaire des diamants offerts par Bokassa à Valery Giscard d’Estaing, ou plus récemment, des histoires de mallettes révélées par le gourou de la françafrique Robert Bourgi, et que les dignitaires noirs faisaient transmettre aux grands bwana de Paris. On se demande donc avec curiosité quel objet de grande valeur symbolique ou financière Andry Rajoelina va-t-il offrir à Nicolas Sarkozy…
Ces cadeaux se font en échange de l’amitié et de la protection du maître de la France. Cela peut être utile : en 2006, Idriss Deby, le dictateur non éclairé du Tchad, ne sauva son régime des rebelles qui étaient déjà aux portes de N’Djamena que grâce à une intervention de l’armée française. Mais la France, « nation grande, forte et généreuse » pour reprendre les termes de François Mitterrand, n’aime pas qu’on lui chatouille les moustaches. L’Histoire recèle d’anecdotes qui sont autant de coïncidences que l’on s’expliquera peut-être un jour. En mars 2011, le Mouammar du désert avait menacé de faire la révélation d’un « grave secret » impliquant les autorités françaises. Quelques jours après, l’armée française décide d’intervenir pour soutenir les rebelles libyens, ce qui aura l’issue que l’on sait. En 2010, l’Ivoirien Gbagbo traine des pieds pour laisser le pouvoir au poulain de Nicolas Sarkozy. La France enverra ses troupes appuyer celles d’Alassane Ouattara dans un conflit ivoiro-ivoirien, avec les résultats que l’on connaît. En 2008, Marc Ravalomanana eut le culot de renvoyer dans ses pénates l’ambassadeur Gildas le Lidec nommé par Nicolas Sarkozy. On connait la suite de l’histoire.
Malgré ses effets d’annonce concernant une rupture avec la françafrique au début de son mandat, Nicolas Sarkozy est très loin d’avoir l’envergure qu’avait Jacques Chirac dans l’opinion publique africaine. Le fameux discours qu’il a commis en juillet 2007 à Dakar avait entrainé une levée de boucliers aussi bien en France qu’en Afrique, et Ségolène Royal eut même l’amusante réaction de demander pardon pour cela. Mais sans doute dans cette affaire, c’est la pirouette d’Abdoulaye Wade en prenant la défense du Président français qui fut la plus savoureuse : selon le Président sénégalais, son homologue français avait été « victime du nègre » à qui il avait confié la rédaction de ce discours sur l‘Afrique (2).
Le nègre en question était Henri Guaino, conseiller spécial de l’Élysée, et qui était à l’époque avec Claude Guéant l’un des deux grands manie-tout de la diplomatie française. L’interventionnisme de ces conseillers élyséens dans la politique extérieure de la France, avait entrainé beaucoup de frustration de la part des diplomates du Quai d’Orsay. Un groupe rassemblé sous l’appellation de Marly fit publier en février 2011 dans le journal Le Monde une tribune retentissante sous le titre « On ne s’improvise pas diplomate » : « à l’écoute des diplomates, bien des erreurs auraient pu être évitées, imputables à l’amateurisme, à l’impulsivité et aux préoccupations médiatiques à court terme ». Premiers visés, MM. Guéant et Guaino, les « honorables correspondants » d’Andry Rajoelina quand il était autrefois reçu en catimini à l’Élysée. Alain Juppé aurait obtenu la mise à l’écart de Claude Guéant, devenu Ministre. Mais auparavant, les graines de la bienveillance française envers l’ancien DJ avaient eu le temps de germer.
A l’ombre du châtaignier
Sans la France, Andry Rajoelina ne serait pas là où il est actuellement. Je ne vais pas m’amuser à extrapoler sur les aspects invisibles du soutien français, sur lequel je n’ai pas plus que des suppositions. Par contre, il est de notoriété publique que c’est une diplomate française qui a exfiltré Andry Rajoelina afin de lui permettre de s’échapper des griffes des militaires aux ordres de Marc Ravalomanana : sans la France, Rajoelina serait à l’heure actuelle à Tsiafahy. C’est dans une résidence diplomatique française qu’il a obtenu refuge. C’est Jean-Marc Châtaignier, ambassadeur de France nouvellement nommé, qui se précipita à Ambohitsorohitra le 18 mars 2009, soit le lendemain de la réussite du coup d’État. C’est la diplomatie française qui manœuvre en coulisses : pour négocier avec l’Union africaine et la SADC, afin qu’Andry Rajoelina puisse aller pérorer à la tribune de l’ONU en septembre 2011 ; pour que la SADC mette de l’eau dans son vin pour adopter une position plus conciliante envers le régime hâtif ; pour limiter la volonté de durcir les sanctions de la part de l’Union européenne. C’est également la France qui manœuvre dans ses satellites tels que la Commission de l’Océan indien pour aplanir la route de Rajoelina vers la reconnaissance internationale.
Chacun se fera son opinion sur les sentiments de la France envers le supposé francophobe Ravalomanana et le présumé francophile Rajoelina. On notera d’ailleurs que depuis 2009, la coopération militaire française est bien portante et bien visible à Antananarivo avec ces coopérants en uniformes dans les grandes surfaces ou les restaurants, sans oublier leur présence à l’investiture d’Andry Rajoelina. Sur le plan plus terre-à-terre, les intérêts français ne relèvent pas de l’affabulation ou d’une vue de l’esprit. Les chiffres illustrent « la densité exceptionnelle » des relations bilatérales entre la France et Madagascar : « 22 à 25 000 français, dont un grand nombre de binationaux vivent à Madagascar ; 70 à 80 000 malgaches ou franco-malgaches vivent en France ; 13 000 élèves, dont 7 000 malgaches, fréquentent les écoles françaises de Madagascar ; 20 000 malgaches se rendent en France chaque année, avec un taux d’agrément pour les visas de plus de 86 % » (3).
Le Président Sarkozy a avec l’Afrique un interventionnisme qui produit des résultats en dents de scie. Contre l’avis d’une part importante de son opinion publique, il déroule le tapis rouge à Mouammar el Kadhafi, avant d’engager l’armée française dans ce qui aboutira au renversement du fou de Tripoli. Avant lui, Valéry Giscard d’Estaing autorisera l’opération Barracuda pour renverser Jean Bedel Bokassa, ancien ami devenu trop encombrant. Être reçu à l’Élysée ne signifie donc pas grand-chose. Sauf pour les parvenus qui se précipiteront pour utiliser la photo sur le perron, et sans doute organiser un feu d’artifice en cet honneur dimanche prochain, sous prétexte de premier anniversaire de la quatrième République, mais en fait pour commémorer le voyage fructueux du Grand Hâtif chez le Gaulois. Et pendant que Sarkozy et Rajoelina s’entendent derrière le dos de tout le monde pour leur French Kiss politique, c’est le peuple et la démocratie qui se font b…
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(1) La SADC n’est qu’un « sous-traitant ».
(2) Un nègre est l’auteur anonyme d’un texte signé pour le compte d’une autre personne, souvent célèbre.
(3) Chiffres donnés par l’Ambassadeur Châtaignier lors de son discours du 14 juillet 2009.
Post-scriptum : Sans rapport avec l’édito, voici une anecdote cocasse rapportée par Wikileaks. En 2006, alors que Nicolas Sarkozy recevait l’ambassadeur américain, son jeune fils Louis entra dans le bureau de son père avec un chien, tout en tenant un lapin dans ses bras. L’enfant posa le lapin à terre pour saluer l’ambassadeur, et le chien ne trouva rien de mieux à faire que de se mettre à sa poursuite dans le bureau présidentiel. Le Président français fut donc aussi obligé de courir après le chien pour éviter la boucherie. Moralité : accueillir un lapin à l’Élysée peut occasionner des problèmes.

J’aurai plutôt intitulé Un lapin à l’Elysée.
Le jour de gloire est donc arrivé pour Rajoelina. Même la reconnaissance de l’UE est en route… sous conditions… mais on verra s’ils seront tolérants sur le respect de ces conditions ou pas. Les putschistes ont en effet réussi leur politique des petits pas.
Mais le fait que le lapin puisse être appelé officiellement Président (de la Transition) n’implique pas nécessairement qu’il aura le respect de la population. Il a trop nui au pays pour que son “règne” se déroule tranquillement.
Guy Rivo Randrianarisoa rappelle sur facebook que la mission de la mouvance Ravalomanana au sein de ce gouvernement est d’obtenir la libération des prisonniers politiques ainsi que le retour de Ravalomanana. Des tracts circulent en ville pour appeler à manifester aujourd’hui contre tout ce qu’on subit au niveau social : délestages, insécurité, hausse des prix…
Le pire, c’est que les conditions économiques locales vont encore s’empirer. La hausse des prix du carburant est annoncée pour début 2012, il faudra s’attendre à une dévaluation de notre monnaie, la performance de nos petites entreprises a été détruite, l’enthousiasme des citoyens à contribuer a été massacrée.
Souriez Rajoelina souriez et prenez la pose avec le grand enfant de votre Patrie… et souvenez-vous, kodiaran-tsarety ny fiainana, souvenez-vous de ce qui est arrivé à Kaddhafi. Le jour où ce sera votre tour, il y aura des gens qui auront un sourire beaucoup plus grand que celui que vous aurez aujourd’hui.
Hi Ndimby
Sarkozy Il court après son triple A pour le moment.
Si aujourd’hui un lapin lui demande de l’aider à envahir la lune avec les bidasses malgaches il dira oui, s’il lui demande de reconnaître le chien il le fera aussi…En fait le kodiaran-tsarety, il tourne à l’envers pour nous ici en France et quelques leçons d’humilité ne feront de mal à personne.
Il faut tout même bien souligner le mépris pour les institutions africaines que tu as soulevé.
La seule chose qui serait nouvelle serait le refus frontal de ce genre de situation.
Bonne journée
Mankasitraka an’I Ndimby tsy mitsahatra mamelona ny afon’ny Fitiavantanindrazana.
Mangasihasy tanteraka ny taranaky ny Menalamba satria tafiakadapa ny Taranak’I Gallieni Vaovao.
Lavitra ahy ny hanentana amin’ny fankahalana. Fa Rehefa mandinika akaiky ny fianakaviana Mpanjanatany Frantsay anakiroa : De Haulme any Taolagnaro ary Izouard etsy Andasibe, izay tonga teto Madagasikara nandritra ny Fanjanahantany, ka mahafantatra ny velarantany ifaharany, ny fomba fitantanany ny orinasany sy ny vola amankarena kirakirainy dia halaimpanahy hiteny hoe: Mbola tsy nandao an’i Madagasikara ny Fanjanahatany.
Tsy tapitra eo anefa ny Tantara. Anjaratsika ny mitahiry ny fanilon’ny Fitiavantanindrazana. Mahery Hasina ny Razantsika . Tsy lany tamingana ny Menalamba.
Merci pour ce raisonnement analytique qui se veut lucide et froid, indispensable à une époque où les analyses dépassionnées font cruellement défaut surtout lorsqu’il s’agit de la politique étrangère de la France en Afrique, un examen qui doit pourtant d’abord être sans parti pris (a priori).
Ce que nous devons comprendre c’est que « colonisation » et « coopération » sont des formes (certes différentes) d’une même ambition nationale. Les Etats (non seulement la France mais aussi tous les autres) n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. Quoi de plus normal finalement puisque les Etats n’ont jamais été des fondations philanthropiques. D’où ce jeu de puissance et d’intérêts dans les relations France / Afrique.
Bonjour,
J’aurais bien aimé que ce genre de réflexions ait eu lieu à l’époque où Tiko voulait s’implanter aux Comores… me répondra-t-on sûrement et une fois de plus que non parce que Tiko était une entreprise privée? A ce moment là, nous devrons revoir obligatoire notre compréhension de l’État et de ses intérêts.
Cette versatilité, pour ne pas dire ces bourdes…
Ca donne quand même à penser que la diplomatie française se laisse un peu porter au gré des vents. Comme si elle manquait de visibilité du long terme, ou du moins, ne mûrissait pas suffisamment ses décisions, ce qui revient aux mêmes situations “embarrassantes”.
A qui la faute? Au Président de la République, qui ne tient pas suffisamment compte des informations délivrées par son ambassadeur en place dans le pays d’affectation?
A l’incompétence de l’ambassadeur lui-même, dont la mission première est pourtant de “se tenir au courant de l’évolution et de la situation du pays dans lequel il a été nommé, pour en informer son propre gouvernement”? L’autre mission étant de “promouvoir des relations amicales et de développer les relations économiques, culturelles, scientifiques et militaires entre les deux pays”. Il est en outre chargé de “faire « fonctionner » l’administration, à savoir coordonner et animer l’action des services civils qui composent la mission diplomatique dont il est le chef”.
Reste qu’il est nommé par le Président de la République, en Conseil des ministres, sur proposition du Ministère des Affaires étrangères. Cette nomination peut ainsi REVÊTIR UN CARACTERE POLITIQUE, selon le pays concerné. On pourra même dire “toujours” pour ce qui est de ses anciennes colonies du Continent noir. Le cas du funeste Chataîgner l’illustre parfaitement, qui portera longtemps la responsabilité de ce déni de justice dont l’Elysée s’est fait aujourd’hui l’exécuteur. Car ce ne sont pas la dégradation de la vie,ni l’arbitraire et les exactions, les atteintes aux droits ni encore les cris d’indignation qui auront manqué pour caractériser son mandat à Madagascar.
Heureusement qu’il reste l’opinion publique pour servir de garde-fou. Aux dernières nouvelles, des Ong’s françaises ont bien l’intention de porter devant la justice, des affaires où l’Etat français se serait rendu coupable de vente de matériels d’espionnage et de guerre à des régimes notoirement totalitaires, dont l’utilisation à l’encontre de leur propre population ne faisait pas de doute.
“French Kiss à Paris, et le peuple se fait b…”
En tout cas, le titre m’amuse… alors, le peuple a bien un trou du cul bien “vaseliné” pour se faire baiser!!!!
Non, ne me censurez pas! C’est vraiment très marrant!!!
Ndimby,
Très bien fait l’analyse.
Lorsqu’on a les chinois sur les trousses de la France, ils sont obligés de faire les courbettes aux dirigeants africains tel que RAJOELINA, même s’il est un putschiste, et que les dirigeants français voient comme l’homme fort de M/car.
La France, la Grande Bretagne, les Américains commencent à perdre de terrain sur les richesses en Afrique et en l’occurrence à Madagascar, surtout sur les richesses minières, pétrolifères, gazières. Les Pays occidentaux sont loin derrière la Chine sur l’exploitation de toutes ces richesses.
Bonsoir Ndimby
Je reviens aux commentaires puisqu’il s’agit du même sujet.
Sarkozy a dit çi, Sarkozy a dit ça, les dires de Sarkozy se résumeraient en des flatteries inouïes: chef d ‘Etat, ami (déjà?) etc.
Sarkozy AURAIT dit tellement de choses durant 25 minutes que je voulais entendre ça de mes propres oreilles un peu échaudées par l’habileté hat à transformer sans vergogne des discours
J’ai cherché sur les grands media en France du jour de sa venue des commentaires sur l’évènement mais aucun, je dis bien aucun media n’a relaté l’évènement, pas une ligne, pas un mot, et pourtant ils ne sont pas réputés anti-Rajoelina quand ils s’y mettent.
J’ai donc pris sur moi pour supporter de regarder la tête de qui vous savez sur la video maison hat
Or j’ai vu une entrée, une sortie et un mini discours de qui vous savez toujours et c’est tout! Déception….
Alors Sarkozy a dit ou n’a pas dit? Ceci étant, si il ne l’a n’a pas dit, il l’a au moins pensé. Cette pensée est matérialisée par le fait de recevoir ce genre de personnage.
Ce que je voudrai souligner c’est l’inévitable intox qui va se mettre en place et je voudrai tellement que chacun prenne du recul pour ne jamais baisser les bras.
Ce non évènement sera oublié comme tout le reste: les promesses, les paroles, les signatures et sera supplanté par d’autres mauvais coups.
Sinon le mini discours est ponctué de sujet à la première personne et le clou c’est :
La France et le monde entier me reconnaissent…
Je vous laisse mesurer une fois de plus l’étendue de l’ego et donc le creux du discours.
Quand il veut enfin parler du peuple malgache il ne peut dissocier son nom du mot souffrance, une fois, deux fois, je ne sais plus combien de fois, comme si ce peuple s’était auto flagellé depuis 3 ans sans AUCUNE une explication.
Alors le fameux cadeau dont tu parlais est à mon avis, de façon au moins symbolique, un objet rare et précieux, introuvable, symbolisant la souveraineté Malagasy déposé aux pieds de Sarkozy.
Suivez ma pensée…