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Coup de rétroviseur

26 décembre 2011

Depuis 2009, les fins d’année se suivent et se ressemblent. Par conséquent le traditionnel exercice qui consiste à faire un bilan de l’année écoulée risque de ne pas être trop différent pour 2011 par rapport à ceux qui ont été effectués en décembre 2009 (Années de tous les dangers) et décembre 2010 (Le passé décomposé). Car en fin de compte, comme les deux qui l’ont précédé, l’année 2011 peut être résumée en trois points. Primo, Andry Rajoelina a perpétré en mars 2009 un coup d’État qui a plongé le pays dans une grave crise qui se détériore jour après jour. Secundo, il a tenté de le justifier par des chevaux de bataille (lutte pour la démocratie, liberté de la presse, libéralisation de l’économie, bonne gouvernance, État de droit…), mais qui à l’usage ne se sont révélés être que des mots. Tertio, Andry Rajoelina et les groupes qui le soutiennent persistent dans leur unilatéralisme, qu’ils maquillent derrière des initiatives de pseudo-consensualité et inclusivité, mais qui s’envolent à la moindre zone de turbulence à cause du bricolage dont ils ont fait l’objet.

On ne va pas refaire ici les démonstrations, et le lecteur aura tout le loisir de relire les 278 éditos publiés depuis le 31 janvier 2009. J’invite chacun à relire l’éditorial écrit le 9 janvier 2011, il y a près d’un an : « Pouvoir amoral, illégal, mais qui a donc fini par gagner une certaine légitimité. Et en face, les imprécations, quolibets et autres insultes ont fini par montrer leurs limites, car ils n’ont pas été suivis d’actes efficaces en vue de développer, ou même de maintenir, l’influence de l’opposition ainsi que la dynamique de résistance. (…) La capitulation des trois mouvances et sa résultante qu’est la reconnaissance internationale, principal obstacle au TGV, est en marche, que cela plaise ou non (…) Ceci étant dit, la victoire à l’usure du Grand Hâtif ne signifie pas qu’il est devenu quelqu’un de fréquentable ou de compétent ». Un an après ces lignes, chacun pourra faire le bilan de ce qui s’est révélé vrai ou faux, malgré le fait que se crée une tendance au subterfuge que les hâtifs et leurs griots tentent de ventiler à travers des arguments aussi bidon les uns que les autres.

D’autres se raccrochent à la Feuille de route comme des morpions frileux près du poêle, et prétendent que c’est un élément nouveau qui a permis d’embarquer tous les gloutons de l’opposition, tout en attirant une certaine sympathie de la communauté internationale. Ce serait une erreur de ne pas s’apercevoir que cette Feuille de route n’est qu’un alibi pour obtenir la reconnaissance internationale et le retour des financements. Mais en fait, il n’y a aucune volonté politique de Rajoelina à prendre les mesures nécessaires pour un véritable apaisement, raison pour laquelle toutes les tentatives de sortie de crise depuis Maputo suivent le rythme du « un pas en avant, deux pas en arrière ». Et ceux qui espèrent que cette Feuille de route est la clé adéquate pour la sortie de crise se fourrent le doigt dans l’œil jusqu’à l’orifice de défécation.

En attendant, le Madagascar de décembre 2011 se porte beaucoup plus mal que celui de décembre 2008, et le Malgache d’aujourd’hui a encore plus de difficultés à joindre les deux bouts que celui d’il y a trois ans. Seuls quelques griots et françafricains qui vivent à 10.000 kilomètres continuent à encenser Rajoelina. Une fois encore, les aspects du failed state (état défaillant) que nous avions anticipé dans ces colonnes depuis octobre 2009 commencent à apparaître de façon criante : « la perte de contrôle territorial, l’érosion de l’autorité légitime dans les décisions collectives, l’incapacité à fournir des services publics raisonnables, tout comme l’incapacité à interagir avec la communauté internationale ». « Je ne serai pas plus nul que Ravalomanana », avait pourtant fanfaronné l’autre…

Aucun changement majeur depuis trois ans

Malgré les faits objectifs qui démontrent les défaillances du régime actuel, certains griots hâtifs dégaineront la critique facile de la répétition des arguments soulignant l’incompétence des auteurs de coup d’État de mars 2009 à diriger ce pays. Cela n’est sans doute pas faux. Mais ceux qui aiment la sortir devraient d’abord se poser une question fondamentale : pourquoi des faits critiquables et méprisables depuis trois ans continuent-ils à exister actuellement ? A cette question, trois seules réponses possibles : soit le régime hâtif est inconscient de la situation (« tout va bien et le peuple est content ») ; soit il est incapable d’éteindre le feu qu’il a lui-même allumé (« il y a des problèmes mais on ne sait pas comment faire ») ; soit il y trouve son compte (« les problèmes nous arrangent »). Rayez la mention inutile.

Depuis trois ans, la rédaction de Madagascar-Tribune.com aligne les avertissements dans ses colonnes. Les jours, les mois, les années se sont écoulés, et le pays va de plus en plus profondément dans la décrépitude. 2012 sera une année durant laquelle le régime hâtif risque de ne trouver de solution que dans un renforcement de la répression vis-à-vis de l’opposition, afin de protéger ses acquis mal acquis. Il est en effet bien connu qu’un pouvoir obtenu par la force ne peut se maintenir que par la violence : si le régime hâtif pouvait séduire ou convaincre, il y a longtemps qu’on l’aurait su ! D’ailleurs, la tendance à la menace et à l’intimidation ne vient pas seulement des autorités, car elle reflète une certaine mentalité qui a le vent en poupe. On se souvient de ce post pitoyable du 5 juillet 2011, écrit par un forumiste au courage exacerbé par l’anonymat :  « je me permets de vous dire, dans la même solennité de (sic) votre article et qui va bien à votre image, c’est que c’est vous qui allez l’avoir dans le c.u.l, si ce n’est déjà pas le cas ! Pour ceux qui peuvent comprendre, lay tsofa sisa no andrasana ». Heureusement que les chasses d’eau existent pour évacuer de tels propos.

La tendance à l’intimidation et à la répression est donc une méthode hâtive.  A part l’opposition et les citoyens qui refusent la dictature de la pensée unique, la presse sera aussi au centre des intérêts des staliniens de service. Après les déclarations du Ministre de la communication qui se pose en gardien du professionnalisme et de la déontologie de la presse (no comment…), on a maintenant la Grande muette qui a commencé à menacer les médias, dont certains sont accusés de verser dans la subversion, la diffamation et l’atteinte à l’honneur des militaires. Reste à utiliser son imagination pour percevoir ce qui reste de cet honneur, faute de pouvoir en avoir une idée concrète et convaincante…

Selon les gens qui croient encore au Droit, la Loi a pour fonction de protéger le simple citoyen contre  l’arbitraire des autorités. Mais il ne faut pas se faire d’illusion : dans tout régime totalitaire, apprenti ou confirmé, il y a toujours des risques d’arrestations arbitraires, de procès trafiqués, de chantages mesquins, de tabassages en règles, d’expéditions punitives et de motifs d’inculpation fantaisistes pour faire taire ceux qui refusent la pensée unique. Dans tout pays du Tiers-monde, sauf rares exceptions, la loi sera souvent à géométrie variable, et manipulée au service de ceux qui sont au pouvoir. Ces derniers réservent aux opposants les accusations de déstabilisation, d’atteinte à la sécurité publique, de trouble de l’ordre public, usurpation de fonction, de diffusion de fausses nouvelles et autres douceurs du code pénal.

Mais une chose est sûre : certains n’ont aucune crédibilité à jouer les gardiens de la morale. Que ce soit ceux qui ont confondu kalachnikov et cervelles ; ceux qui ont prostitué le droit pour le mettre au service d’intérêts partisans ; ou ceux qui ont une vision très sélective de l’application de la Loi. Certains hommes de Loi feignent d’oublier les diverses incitations sur la Radio-Viva pour faire monter le ferment de la Révolution orange et l’animer ensuite ; les déclarations de prise du commandement de la police et de l’armée (fin janvier 2009) ; la nomination d’un Premier ministre (8 février 2009) ; l’organisation d’une marche sur une zone rouge en dépit des interdictions exprimées ; la mutinerie du CAPSAT etc… Au nom de quoi les acteurs de tels dérapages peuvent-ils maintenant se poser en modèles, voire en censeurs ?

Il semble cependant que ce genre de situation dans laquelle Madagascar vit, avec ses multiples atteintes aux droits de l’homme et à la démocratie, ne gène pas la Communauté internationale. L’Union européenne, qui prétend pourtant se faire le porte-flambeau de ces valeurs, n’a eu aucun scrupule à envoyer son ambassadeur faire des salamalecs et présenter ses lettres de créances il y a quelques semaines au Ministre des affaires étrangères hâtif. Cette reconnaissance est une validation des mauvaises pratiques de ce régime. N’est-ce pas un encouragement à faire pire en la matière ? Du moins si le pire est encore possible…

9 Commentaires laisser un →
  1. 26 décembre 2011 1:13

    Ndimby,
    J’te l’ai jamais dit,
    Mais ce samedi,
    Ça m’dit,
    D’te l’dire.

    Ndimby,
    C’que tu dis,
    Touche nos cœurs,
    Cœur de Malagasy
    Cœur du monde,
    Nouveaux esclaves
    Des espaces mondialisés,
    Où tout change sans vraiment changer.

    Rouge, verte, ou orange,
    D’artificielles révolutions
    De printemps ou d’été inventées,
    De cyclones à Madagascar,
    En tsunamis d’ailleurs pas meilleurs,
    Le surf sur la déferlante médiatique,
    Appelle à une intelligence synthétique,
    Une correction de cette universelle myopie
    Entretenue par les mêmes scélérats du monde.

    Pour toi, Ndimby, cette petite chanson que j’aime,
    Qui nous donne “cet air tranquille des grands rois”…

    “Nous laisserons la grand-voile traîner dans les étoiles, tout du long…
    Tant mieux si la route est longue, je ferai le tour du monde”…
    “Nous irons dans les pays où l’or, les pierreries,
    Cachés dans les galions
    Qu’attendent les grands enfants
    Qui ont le soir couchant
    Des rêves d’évasion”

    Joyeux Noël, Ndimby,
    Joyeux Noël, frères Malagasy,
    “Tant mieux si la route est longue…”
    Cette putain d’épreuve nous rendra plus forts,
    Ou nous asservira à jamais !
    Fatal combat…

    Je vous embrasse tous chaleureusement …
    C.M.

    • Ndimby A. lien permanent*
      26 décembre 2011 3:19  

      Merci infiniment. Meilleurs voeux à vous

    • maminah lien permanent
      1 janvier 2012 7:18  

      C’est vraiment joliment dit!
      Plus banalement, je me contenterai d’adresser en ce Nouvel An mes meilleurs voeux de Santé, de Succès et de Bonheur à tous et à toutes! Que 2012 nous permette enfin de sortir de cette transition qui n’a que trop duré et mis tout un peuple sur les genoux.

  2. 29 décembre 2011 7:19

    Ndimby, l’Europe n’est pas une reference en matiere de democratie, +sieurs consultations populaires (referendums) qui ont rejete l’union ont ete habilement transformees par voies parlementaires, le peuple a ete donc laisse sans voix. Tout recemment, l’ancien PM grecque a voulu demander l’avis des grecques sur les programmes douloureux de redressememt, la Merkozie a refuse cela et un Crime Minister issu d’une banque tristement celebre a ete mis a sa place, et dire que la Grece a ete le berceau de la democratie, ce mot est tellement creux actuellement. Pour notre cas, on est bien en democratie mais c’est plutot une dermocratie totalitaire, nous n’avons rien a envier des nords coreens, nous avons commence avec le ministere de la population.
    Bonne fete quand meme.

    • 29 décembre 2011 7:26

      Je voulais juste rajouter que ce qui se passe n Grece actuellement Madagascar le vit depuis des decennies via les ajustements structurels et autres, les potions de la banque mondiale et du fmi sont vraiment ameres et les europeens n’ont pas l’habitude d’en ingurgite, et dire que le socialiste DSK a dirige le FMI, mais de quel socialisme s’agit-il?

  3. 29 décembre 2011 12:53  

    Ndimby,

    Pas de grands vœux pour 2012… juste un souhait de pouvoir apprécier les petits sourires et les petits bonheurs que la vie nous offrent.

    Amitiés.

  4. Alidera A.R. lien permanent
    29 décembre 2011 1:52  

    A bien regarder ce qui s’est passé, ce qui se passe, on peut dire que l’on est strictement là où l’on a voulu être depuis longtemps.

    Et, il faut reconnaître à rajoelina son talent que seul lui a réussi là où les autres ont trébuché. Même la colonisation n’a pas pu abolir cette dans la société malagasy.

    N’est-ce pas que l’on en a voulu à la monarchie les castes et classes? Aujourd’hui, il faut féliciter rajoelina car il a réussi la lutte des classes. Tout le monde est dans le même panier et dans la même galère. On est tous soumis à la volonté des vazaha, sinoa, karàna,… même nos plus riches ne font pas le poids face à ces gens là!

    Les basses castes se réjouissent car ils ne sont plus les seuls à servir…

    Que voulons nous d’autres?

  5. Olivier lien permanent
    30 décembre 2011 12:11  

    Cher Ndimby,
    déjà à maintes reprises vous aviez critiquer ce que vous appelez “politique des sièges vides” et aussi”il fallait faire voter NON au caca de référendum de 2010″. Voyez vous même que maintenant, plus exactement après l’entrée de quelques opposants et dans le gouvernement Beriziky (présenté par Lezafy !!!) et dans les deux chambres TOUT CONFORT de Tsimbazaza et d’Anosy, voilà que dame Fatima du PNUD qui n’est autre que Salomao version féminine osant déclarer avant la Troïka, la SADC, le GIC et l’U.A que toutes les places sont maintenant occupées sauf celles de la CENI et que c’est maintenant le moment de ne plus penser qu’aux élections. Qui a conseillé en même temps à la C.I ainsi qu’aux opposants “de se défroquer tout en tendant la vaseline” ??? Tout cela dans cette période où tout le monde se détourne vers la couronne de Ranavalona III et des sous-fifre en barrettes de policiers innocents de Toliara envoyés exprès au palais d’injustice à Anosy, du genre “route barrée à 50 m, bifurcation ici même”. Et le kabary du monsieurleprésidentdelatransitionet/oudela4°république pour la nouvelle année 2012 ne sera rempli que de calendrier électoral tout en criant haut et fort tant pis pour lé récalcitrants puisqu’il n’y aura plus de … sièges vides, d’autant plus que les dizaines de prisonniers politiques garderont encore pour un temps indéterminé les leurs (sièges) à Antanimora, à Tsiafahy et dans d’autres prisonsde Madagasikara.

Rétroliens

  1. La liberté de fermer sa gueule ? « Fijery, le blog de Ndimby A.

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