La semaine de la reconnaissance mora
Le ridicule ne tue pas, la preuve : la clique hâtive est en bonne santé. Et une fois de plus, elle illustre sa propension au paraître, au superficiel et à l’inutile. Sous prétexte de mieux accueillir ses « très nombreux invités », quatre jours de festivités officielles pour la nouvelle année sont organisées. Mais pour quelqu’un qui aime se faire appeler Président, multiplier les occasions de se faire cirer les pompes par les courtisans serviles ne peut être que tout bénéf’.
Il est vrai que sous d’autres cieux, l’organisation de plusieurs cérémonies sectorielles est une pratique. Pour prendre l’exemple français qui semble servir de cadre de référence mentale et affective au Grand Hâtif, Nicolas Sarkozy organise la semaine prochaine plusieurs présentations de vœux : le 10 janvier à Mulhouse, vœux à « la France solidaire » ; le 11 janvier au Palais de l’Elysée avec les parlementaires ; le 12 janvier à Lille avec les fonctionnaires et les acteurs de la réforme de l’État ; et le vendredi 13 janvier au Palais de l’Élysée avec les Hautes Juridictions. Les honorables lecteurs fidèles et attentifs savent que je ne suis certainement pas le plus francophile des francophones. Cependant, je pense que ce qui est acceptable pour le Président Sarkozy ne l’est pas pour Monsieur Rajoelina. Primo, l’un est élu et l’autre pas : l’élection confère en effet une légitimité à décider des dépenses publiques. Secundo, la capacité financière et économique de la France n’est pas celle de Madagascar. Tertio, la France ne vit pas un contexte de crise politique, et malgré ses problèmes, peut moralement se payer ce luxe.
S’il fallait vraiment qu’Andry Rajoelina se croit obligé de singer les pratiques françaises, il aurait été plus avisé de s’inspirer d’un autre choix de Nicolas Sarkozy : la suppression de la traditionnelle mais néanmoins dispendieuse garden-party du 14 juillet dans les jardins de l’Élysée. Et cela, au nom de l’austérité en pleine crise financière, et pour ne pas donner l’image d’un gouvernement qui jette l’argent public par les fenêtres tandis que le peuple est obligé de se serrer la ceinture. Mais à Madagascar, les grandes messes dans les Palais d’État flattent l’ego de l’hôte autant qu’elles émoustillent celui des invités. C’est à qui se prévaudra auprès de ses connaissances d’avoir reçu un carton, d’y avoir rencontré X, d’avoir pu discuter avec telle grosse huile, d’avoir fait la bise à telle grosse légume, ou de faire remarquer qu’une caméra s’est longuement attardé sur sa petite personne.
Multiplier les cérémonies signifie donc aussi multiplier la quantité de nombrils qui vont se sentir honorés. C’est toujours utile pour renforcer les réseaux et créer des amitiés, surtout en pleine crise et avant des élections. Mauvais calcul cependant : combien de ceux qui étaient invités à Iavoloha en janvier 2009 se sont empressés d’aller faire les pitres sur la Place du 13 mai quelques semaines après ? Sincèrement, je ne sais pas si la rédaction de Madagascar-Tribune.com en général ou votre serviteur en particulier sont dans la liste des invités. Mais sincèrement, je n’ai pas besoin d’être invité par le régime hâtif pour manger ou pour me sentir honoré. Donc avec ou sans carton, je n’irai pas.
La presse courtisée
En me penchant sur la liste des catégories, je note deux faits qui méritent d’être relevés. Le premier est la tentative manifeste de séduire la presse, après les mouvements d’humeur causés par l’excès de zèle du Ministre de la communication (1). Pour le vendredi 13 Janvier, les patrons de presse sont expressément spécifiés parmi les opérateurs économiques et les partenaires sociaux « mis à l’honneur ». Et le samedi 14 janvier, responsables de rédaction journalistique et journalistes seront parmi les invités. Cette soudaine sollicitude vis à vis des médias vise à éteindre l’incendie, et à donner l’illusion d’un régime ami et respectueux des journalistes. Hypocrisie, en plein contexte de manoeuvres pour les intimider et les museler.
Ceci étant dit, il y a quand même un point à souligner au bénéfice du Ministre Rahajason dit Rolly Mercia : quoiqu’on en dise, malgré son juridisme ampoulé pour utiliser le Code pénal comme épouvantail pour la presse, Rolly Mercia ne s’est (encore) jamais laissé à dépasser les coups de gueule et les menaces, même désagréables. Il ne s’est donc (encore) jamais rendu coupable de fermeture de radio et d’arrestation de journalistes. L’occasion de rappeler que, sous son air brillant et son statut indéniable d’intellectuel, Gilbert Raharizatovo, journaliste devenu Ministre de la communication dans le Gouvernement de Monja Roindefo, n’avait pas hésité à devenir un hyperactif de la répression de la presse sur des bases politiques, en manipulant également le prétexte de la Loi. Donc finalement et objectivement, entre le Raharizatovo, considéré comme intello, et Rahajason, qui est loin d’être considéré comme tel, celui qui a le plus nui aux médias malgaches n’est pas vraiment celui que l’on croit. Il y a donc eu des limogeages que l’on peut applaudir.
Mais le plus important à retenir de ces quatre jours de cérémonies est le signe que la reconnaissance mora est en marche. Pour la première fois depuis l’arrivée au pouvoir du Grand hâtif, la communauté internationale sera donc bel et bien présente à une présentation de voeux du Nouvel an. La journée du jeudi 12 Janvier sera donc « en l’honneur du Corps diplomatique et de hauts responsables d’organismes internationaux ». J’imagine déjà la mission des services de la communication à Ambohitsorohitra : compter et lister les diplomates présents, et les photographier un par un.
Sous prétexte « d’agir pour le bien du pays » où ils sont en poste, ces Excellences ont pour principal but d’aller se faire voir en compagnie des autorités dudit pays. Nul doute donc qu’ils vont se précipiter à Iavoloha, car les chefs de mission diplomatiques souffraient depuis trois ans que leur carrière soit au ralenti à cause de la crise. L’autorisation donnée par leurs sièges et capitales respectifs d’aller enfin trinquer officiellement avec les autorités de transition devrait donc combler les diplomates locaux d’aise. L’ambassadeur de l’Union européenne et le Coordonateur résident des Nations unies sont allés faire des salamalecs auprès des apparatchiks hâtifs à la fin de l’année, sans doute en marque de respect de la qualité actuelle de la démocratie et de la bonne gouvernance. Gageons que des actes d’allégeance identiques et les promesses de financement vont maintenant venir à la queue leu leu. Le régime de transition donc est véritablement à la fête : non seulement les vazaha finissent par se défroquer devant le coup d’État, mais en plus ils fournissent la vaseline !
Pour en revenir aux quatre jours de cérémonies de voeux, leur organisation en plein marasme économique et dans le contexte d’une crise politique ne peut aucunement se justifier à Madagascar. Il est donc regrettable, une fois encore, que le cursus académique de DJ de Monsieur Rajoelina l’encourage à privilégier les festivités tape-à-l’œil et superfétatoires, faute d’avoir la capacité de s’attaquer aux vrais problèmes. Panem et circenses, pain et jeu de cirque : après les défilés et les concerts gratuits, les podiums et les feux d’artifice, il serait quand même utile de savoir si ce pouvoir est capable d’inverser les séquelles négatives à cause du coup d’État. Il est en effet facile de détruire. Mais celui qui a détruit sous un motif de vengeance personnelle a-t-il la capacité et la volonté de reconstruire ?
Les élections seront au menu de ces quatre jours de ripailles, organisées dixit le communiqué officiel afin de « mieux aborder le cours des affaires nationales selon les secteurs d’activités ». Je serai bien curieux de savoir comment pourraient être abordées sérieusement « le cours des affaires nationales » en écoutant deux ou trois discours, puis en allant ensuite bâfrer comme des affamés. Mais bon, Andry Rajoelina a institutionnalisé la pratique du ala-safay (2). L’expérience de ce régime nous a donc appris depuis trois ans que l’essentiel ce n’est pas de faire, mais de faire semblant. On verra bien si cette semaine festive va apporter la stabilité politique, la réconciliation nationale et la relance économique. Personnellement, j’en doute. Mais finalement, avoir besoin de tant de temps pour formuler des voeux à l’endroit de Monsieur Rajoelina peut se comprendre : vu le gouffre où il a jeté le pays, il y a tellement à faire, et donc tellement de souhaits.
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(1) J’avoue être positivement impressionné par certaines des lignes du communiqué du Ministre de la communication : « Le ministre de la Communication a déjà avoué, à quatre reprises et en public, qu’il lui est effectivement arrivé d’avoir commis des fautes professionnelles durant ces 25 années de carrière journalistique mais qu’il n’a également pas cessé de chercher les voies et moyens pour y remédier ». Un tel aveu dénote à mon sens un certain courage. Dommage que ces belles intentions retombent pitoyablement par terre avec le ridicule de la chute du paragraphe : « Étant donné que rien n’est parfait sur terre où ne vivent d’ailleurs pas les Saints ». Confondre le ton d’un texte ministériel et celui d’un vulgaire roman-photo est curieux. Pour des commentaires additionnels sur ce communiqué ministériel, lire l’excellentissime texte du blog de Mialy s’en fout (Une tempête dans un verre d’eau) qui mérite absolument un coup de chapeau à elle donné.
(2) Ala-safay : selon le Rakibolana malagasy de Régis Rajemisa-Raoilison : « fanaovan-javatra tsizarizary mba hisehoana ho nanao fotsiny ka hahafa-tsiny eo imason’ny olona ». Action faite de manière bâclée, juste pour faire bonne figure devant la société.

4 jours de fêtes ? Bah, une troisième année au pouvoir, avec la reconnaissance en plus, il y a de quoi. Des fêtes, on en a eu et qui manquaient tellement de décence :
> le premier anniversaire d’une république qui n’existe même pas,
> les 80 ans de la RNM alors que les employés travaillent dans un bâtiment en ruine,
> je ne sais plus quel anniversaire de la SONAPAR (seulement sur invitation mais avec beaucoup de pub pour montrer au peuple comment ILS s’amusent pendant que nous on galère),
> les 50 ans d’une compagnie aérienne black listée,
…
Ils auraient dû mettre Fetifety dans leur devise au lieu de Fitiavana.
Encore une fois un florilège de pertinences de la part de la Citoyenne.
Citoyenne malgache
Vous êtes peut – être timide , prude ou je ne sais quoi mais si vous évoquez le 20 ème anniversaire de la SONAPAR bruyamment célébré , en décembre 2011, par Augustin Andriamanoro dit Gista, la moindre des choses serait d’ évoquer le prix d’ entrée – 1 millions fmg – au Centre de Conférence International d’ Ivato conçu par le Président Ravalomanana pour abriter des assises de grande tenue et non pour donner des spectacles de cabaret qui fait la réputation de Pigale à Paris
Il est vrai que le Président de la Transition malgache est un Disc Jockey de formation.
Meilleurs voeux a toi lancer ( lol) malgre la crise, et le fait que la hat se sert de la resolution des problemes dans les differents secteurs d activite pour organiser plusieurs fetes me rappelle un passage du dernier edito de lalatiana :” Tiens, Alain … en fait de chauté de lapin… pache moi le poivre – ecchcuje moi , j’ai la bouche pleine – je viens d’y pencher … chi on invitait le putschichte malgache à venir nous dire bonjour, che cherait chympa … pache moi le chel ” . Sauf que cette fois ci la realite depasse largement la fiction. en matiere de ridicule la hat a encore plusieurs cartes a battre
Et tant qu’ils y sont, pourquoi ne pas ne pas organiser plusieurs concours de karaoke comme dans l’edito de Ndimby et Sevane pour trouver une solution aux problemes de chaque entite ou peut etre aussi un bal masque avec dj tgv en prime time et tout en dansant ils discutent des affaires nationales en cours a regler :-C
Les malaises au sein de l’ université – SECES, étudiants – au sein des Grands corps de l’ Etat, du FRAM, des paramédicaux , des sous – officiers , des foyers des Malgaches déshérités – 80 % de la population – des sans abris , des chômeurs etc etc n’ ont vraiment pas leurs raisons d’ être s’ il y avait une meilleure gouvernance dans le régime de Transition actuel.
Si les 600 membres du CST/ CT – des parlementaires désignés non élus – n’ étaient pas payés à plus de 13 millions fmg / mois contre 25 millions fmg/ mois auparavant alors que l’ Etat dit ne pas disposer du budget à allouer au SECES, au Fram, au sous – officiers ( aux Généraux nouvellement promus “oui ” bien sûr ) , si les avantages des membres du gouvernement et de la HAT n’ étaient pas aussi faramineux , si le PHAT vit à l’ heure de l’ austérité comme il l’avait lui – même criée, sur tous les toits, à la cérémonie des voeux de janvier 2011, se contentait de quelques heures de festivités et de discours comme cela se fait même dans les pays les plus développés au lieu des quatre jours de fiestas au Palais de Iavooha annoncés, à compter de mercredi – tsy miverina ? – au cours desquels les agents de l’ état et les cadres du secteur privé “avo lenta ” n’ iront même pas au travail, si la Transition cesse de grossir le parc automobile de véhicules haut de gamme 4X4 et autres limousines Et, il y aura bien d’ autres tout au long de ce mois voire du mois prochain , au sein de toutes les institutions de cette 4 ème République
Dans une grande salle quelque part: Monsieur Foza que reconnaissez-vous actuellement, le référendum de septembre 2010 ou la feuille de route de novembre 2011, veuillez appuyer sur le bouton 1 pour l’option A et appuyez sur le bouton 2 pour l’option B ? Aie aie aie, le problème c’est que les deux bouts de mon pince (à crabe) agissent toujours ensemble. Et comment aviez-vous fait alors lorsque vous étiez DJ ? Hé bien, j’ai toujours mixé avec les deux … Ah, c’est pas étonnant donc que vous êtes en même temps président de transition et de la 4° république !!!